La vie est mal configurée

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi, avril 5 2013

Barbara Streisand vivrait à Levallois-Perret

Voir le bulletin des administrateurs de la Wikipédia en français ici et .

La suite ici. Je me demande quand ça va sortir dans la presse internationale.

PS : Réaction de l'association Wikimédia France.

dimanche, mars 31 2013

L'exercice habituel du pouvoir

Des gouvernements de droite se sont succédé en France entre 2002 et 2012. À plusieurs reprises, ils ont pris des décisions ou fait adopter des lois qui ont mécontenté une partie de la population — ce qui en soit n'est pas critiquable, vu qu'il n'y a pas de décision politique qui ne mécontente personne. Parfois, cette partie était importante, et parfois il y a eu des manifestations. Mais, comme le rappelait en 2003 le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, la « rue » ne gouverne pas : un gouvernement élu sur un programme peut l'appliquer sans devoir céder aux protestations des mécontents. Et, bien entendu, on sortait CRS et gendarmes mobiles, parfois équipés comme de véritables « Robocop ».

Lors de ces dix années, on a souvent usé de procédures permettant de raccourcir les débats parlementaires : déclaration d'urgence (remplacée par la « procédure accélérée ») : selon un rapport de 2012 du sénateur David Assouline, sous la XIIIe législature (2007-2012) ont été promulguées 202 lois, dont 47 adoptées par procédure accélérée. Bien entendu, il est possible qu'il se soit souvent agi de textes techniques et n'appelant pas de grands débats ; mais on a adopté par ce moyens des textes contestés comme la loi DADVSI. On peut également s'interroger sur l'urgence qu'il y avait pour le Gouvernement à faire adopter des textes dont seulement une moitié sont pleinement applicables... parce qu'il n'a pas produit les textes réglementaires d'application nécessaires. Encore s'agissait-il de procédures parlementaires ; mais MM. Raffarin et Villepin ont utilisé par 3 fois l'article 49-3 de la Constitution, qui permet de faire adopter immédiatement un texte en engageant sur celui-ci la responsabilité du Gouvernement (responsabilité toute théorique, la dernière motion de censure adoptée remontant à 1962 — aucune majorité parlementaire n'a envie de renverser un gouvernement qui en est issu, quand bien même celui-ci serait impopulaire et maladroit).

Lorsqu'il s'est agi de consulter la population, on lui a certes soumis par référendum le traité constitutionnel européen, mais, les électeurs souverains ayant « mal voté », on a par la suite adopté le traité de Lisbonne par voie parlementaire. Notons que tous les grands médias français étaient favorables à ce traité. Quant aux médias internationaux, notamment anglophones, ils n'hésitent pas à fustiger l'archaïsme, l'immobilisme des français, de leurs syndicats, de leur monde universitaire. Il faut dire qu'ils ont tendance à prendre en france l'opinion d'éditorialistes et de politiciens qui, justement, soutiennent l'idée que le Parti Socialiste est bien trop de gauche.

Enfin, certains responsables politiques ne se sont pas privés d'insulter la population qui, ne votant par pour eux, ne les intéressait pas. Je pense ici notamment au président Nicolas Sarkozy : quelle bravoure à crier « casse-toi, pauvre con » à un simple citoyen, quand on est protégé par des haies de policiers... et ensuite à poursuivre un autre simple citoyen pour « offense au chef de l'État » pour avoir tout simplement repris cette interjection ! Et ne parlons pas de son dédain pour des professions entières : je n'oublie pas son discours du 22 janvier 2009, où il expliquait que les chercheurs français étaient, en somme, des médiocres et que ceux qui ne seraient pas d'accord avec lui étaient là juste parce que « il y a de la lumière, c'est chauffé ». Au delà des idées, c'était une manière de s'exprimer, et même une manière d'agir, qui seyait plus à un « petit chef » qu'à un chef d'état. Louis de Funès était, certes, comique, mais dans des œuvres de fiction !

Autant dire que pour la plupart des citoyens se réclamant de la « gauche », ces dix années ont dû sembler un long tunnel : gouvernement qui leur dit, en somme, qu'ils sont minoritaires et que leur opinion ne compte donc pas ; accusations permanentes d'archaïsme par une bonne partie des médias ; manifestations qui n'aboutissent à rien (à l'exception notable du cas du « Contrat première embauche »)...

C'est donc avec un certain amusement que je constate le traumatisme que constitue, pour une partie de l'opinion française (notamment de droite), le fait d'être dans l'opposition. Je pense en particulier à ceux qui ont défilé lors de la « Manif pour Tous » de dimanche dernier — l'indignation est palpable dans les commentaires qui ont suivi.

Prenons, par exemple, ce commentaire d'une personne se disant journaliste, de droite et opposée à la réforme du mariage. Elle s'offusque de l'utilisation, par les forces de l'ordre, de gaz lacrymogènes contre les manifestants, au motif que ceux-ci n'étaient « des syndicalistes rompus au combat de rue ». Il me semble qu'il est implicite dans ce propos que lorsque les gaz lacrymogènes sont utilisés par les gouvernements de droite, ils ne touchent, en somme, que des « professionnels de la manifestation » et non de simples citoyens mécontents de l'action du gouvernement. Quelle curieuse vision de la société ! On pourra, par exemple, ce rapporter à cet événement où un commandant de gendarmerie a fait scandale par son usage de sa bombe à gaz lacrymogène... On voit clairement sur la vidéo que la manifestation comprenait des personnes âgées, des enfants, des élus ceints d'écharpes tricolores... et on voit le gendarme asperger de gaz lacrymogènes des gens quelconques — clairement pas des « black blocks » équipés pour la guérillas urbaine. Certains indiquent que les gendarmes s'étaient précédemment accrochés avec des militants d'extrême-gauche ; mais ce n'est pas a priori différent du cas de la « manif pour tous », où il y avait des militants d'extrême-droite prêts à en découdre.

Si je mets en exergue ce commentaire, c'est parce qu'il me semble qu'il exprime plus ou moins ouvertement certains traits de pensée qui, souvent, sont tus sous les conventions sociales ; poursuivons donc l'analyse par cette phrase :

« La vérité, c’est que la France a toujours été conservatrice, elle est dirigée en ce moment par une poignée de gens de gauche qui pensent la représenter avec des réformes comme celle-là, à tort. »

Ce propos fait écho à celui du ministre François Baroin, répétant que la gauche avait pris le pouvoir « par effraction » en 1997, ou à l'analyse d'Alain Minc expliquant doctement

« Le faible écart avec M. Hollande montre que la France n'est pas de gauche. Celle-ci ne peut gagner que par effraction »

Bref, la gauche est illégitime pour réformer, même quand elle a été élue au pouvoir, car elle n'est élue en quelque sorte que par hasard ou dépit. Relevons enfin cette phrase, à propos de la partie de la population opposée au « mariage pour tous » :

« La question c’est : est-elle majoritaire ou pas ? Moi je pense que oui. La France fille aînée de l’Eglise, ça s’efface pas d’un trait de plume. »

C'est une version plus soft du slogan des activistes qui ont interrompu un exposé d'Erwann Binet, rapporteur du projet de loi sur le mariage homosexuel : « nous sommes le peuple », sans doute par opposition aux « bobos ».

Il est amusant de constater à quel point ces arguments sont en miroir de ceux utilisés par les organisations de gauche pour s'opposer aux réformes des gouvernement de droite élus : on promet un « troisième tour social » après les élections, on dit représenter la majorité de la population (les travailleurs) face à la minorité privilégiée, on se réclame de la tradition du Front Populaire et du Conseil National de la Résistance (tradition, certes, moins longue que celle du catholicisme en France, par ailleurs célèbre pour son alliance avec la royauté).

Naguère, la « gauche » manifestait et annonçait des affluences deux fois supérieures à celles annoncées par la police, bien évidemment accusée de partialité au profit du gouvernement ; les syndicats déploraient qu'on les ignorât ou qu'on se moquât d'eux. Maintenant, les opposants au mariage homosexuel manifestent et annoncent des affluences quatre fois supérieures à celles annoncées par la police, là encore accusée de partialité ; ils déplorent qu'on ne les écoute pas, qu'on agisse avec désinvolture à l'égard des représentants des religions, qu'on ne les auditionne pas avec l'attention qu'on leur devrait.

On le voit, qu'elle soit de gauche ou de droite, l'opposition prétend représenter le vrai peuple. Cette revendication majoritaire s'accompagne de propos décrivant l'adversaire politique comme instrument de lobbys et de minorités agissantes — dans un cas, des banquiers et autres privilégiés, dans l'autre cas des homosexuels bobo, pour résumer un peu abruptement. Le cardinal-archevêque André Vingt-Trois a d'ailleurs bien insisté, dans son audition, sur le fait que le mariage homosexuel ne concerne qu'une « faible minorité ».

Bien entendu, l'échauffement des esprits mène parfois à des propos d'une vigueur excessive. Je lis ainsi que certains protestataires anti-Hollande prétendent que celui-ci mènerait une « lutte des classes » (contre les bourgeois, je suppose) ; j'ai du mal à concilier cela avec un gouvernement comprenant MM. Cahuzac et Fabius et dont la seule promesse qui pourrait évoquer une revanche anti-bourgeois est la fameuse imposition de 75 %, sans cesse repoussée. D'autres parlent d'un « printemps français » par allusion au « printemps arabe » ; faut-il rappeler que les révolutions du monde arabe avaient lieu contre des dictateurs faisant emprisonner, voire torturer, leurs opposants politiques, et accaparant les ressources publiques au profit de leur famille étendue ?

Finalement, ce que la droite dénonce, c'est non pas l'exercice du pouvoir par François Hollande et son gouvernement, mais l'exercice du pouvoir tel qu'habituellement pratiqué en France — dont, naturellement, on ne se plaint que lorsque l'on est dans l'opposition. François Mitterrand, dans l'opposition, avait dénoncé dans Le Coup d'état permanent la présidence quasi-monarchique de Charles de Gaulle — attitude qu'il a reprise une fois lui-même président. J'estime d'ailleurs que, de ce point de vue, François Hollande est d'une grande modération par rapport à son prédécesseur... Peut-être n'écoute-t-il pas ceux qui s'opposent à ses projets, mais au moins il ne les insulte pas.

Au delà des clivages partisans, la question fondamentale qui se pose est celle du blanc-seing que l'on accorde pour 5 ans à celui qui a réussi à se faire élire par une courte majorité des suffrages exprimés. Je désespère d'ailleurs de l'absence de véritable débat à ce sujet ! La gauche peut actuellement se gausser de voir la droite découvrir ce que cela veut dire que d'être dans l'opposition ; mais qu'en sera-t-il dans cinq ans ?

PS : Pour reprendre la terminologie féministe : les plaintes de la droite et des conservateurs au sujet du mariage homosexuel sont celles de privilégiés qui, soudainement, se trouvent privés de leur privilège et traités comme les autres par le pouvoir (c'est-à-dire avec indifférence et lacrymogènes si besoin).