La vie est mal configurée

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lundi, avril 22 2013

Souvenir législatif

La lecture de certaines réactions au sujet du « mariage pour tous » m'amène à penser que certains découvrent actuellement la réalité de l'exercice habituel du pouvoir en France, et notamment de son processus législatif. Ainsi, certains s'étonnent de ce que l'on procède à des votes à main levée à l'Assemblée nationale, alors que c'est le mode normal de vote et que, d'ailleurs, le président du groupe UMP pourrait provoquer des scrutins publics s'il le jugeait utile.

Permettez-moi de ressortir quelques souvenirs. Décembre 2005 ; je suis dans les tribunes de l'Assemblée nationale au moment de la discussion de la loi DADVSI. Une scène surréaliste : le député PS Christian Paul faisant un exposé très didactique, comme s'il parlait à un hémicycle bien rempli, alors qu'il y avait très peu de députés présents et que le Ministre de la Culture de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres, et le rapporteur du projet de loi, Christian Vanneste, étaient ouvertement dédaigneux : la loi devait être votée avant Noël, cela ne faisait pas un pli. (*)

Il convenait d'aller vite, disait le Gouvernement : la loi transposait en droit français une directive européenne de 2001, alors qu'elle aurait dû théoriquement être transposée avant le 22 décembre 2002... Il y avait peu de députés dans l'hémicycle : une poignée d'intervenants ayant effectivement travaillé le texte (Christian Vanneste, Martine Billard, Christian Paul, Jean Dionis du Séjour, etc.), et quelques autres pour assurer la présence. Des scrutins publics étaient demandés, notamment pour forcer l'UMP à assumer ses positions sur certains points, comme les facilitations de l'accès aux textes pour les personnes handicapées (le Gouvernement et le rapporteur étaient opposés à certains amendements en ce sens).

À l'occasion de ces débats, j'ai eu une discussion avec François Bayrou, qui m'a dit en substance :

« les députés UMP, comme d'ailleurs avant eux les députés PS, sont des bœufs : ils voteront ce que le Gouvernement leur dit de voter ; ne vous faites donc aucune illusion,  ».

Oh, certes, à la faveur de séances de nuit dépeuplées, il y a bien eu quelques coups de théâtre, comme l'adoption des amendements « licence globale » (153 et sa copie 154), ou encore l'adoption des mesures d'interopérabilité, mais dans les deux cas le Gouvernement a obtenu que l'on revienne dessus (dans le cas des mesures d'interopérabilité, sous la pression d'Apple et du gouvernement américain).

Rappelons également que le texte DADVSI était examiné en « urgence », c'est-à-dire avec une seule lecture dans chaque chambre, puis passage en commission mixte paritaire. Encore s'agissait-il là encore d'une solution douce : la réforme du « contrat première embauche » (qui provoquait des manifestations soutenues) fut adoptée par application de l'article 49-3 de la Constitution, c'est-à-dire que le Premier ministre arriva dans l'Assemblée nationale et déclara qu'il engageait la responsabilité du Gouvernement sur ce texte, ce qui mettait immédiatement fin aux débats à l'Assemblée nationale, laquelle était réputée avoir accepté le texte en l'état (sauf à voter une motion de censure au plus tard le lendemain — mesure très théorique, vu que depuis 1962 aucune majorité n'a osé renverser un gouvernement).

En résumé, le mode usuel du fonctionnement du Parlement en France, c'est que le Gouvernement fait passer les textes auxquels il tient et peut ouvertement se moquer des parlementaires, de leurs objections et de leurs amendements.

Il me paraît donc, encore une fois, curieux que tant de personnes, notamment à droite, ne semblent s'en rendre compte qu'au sujet du texte « mariage pour tous ».

(*) Christian Vanneste n'était pas encore célèbre pour ses déclarations contre l'homosexualité, mais faisait déjà preuve d'un joli tempérament de « trolleur » (voir par exemple ses remarques sur la gestion collective des droits d'auteurs et droits voisins, jugée « collectiviste »... comme si la SACEM était un kolkhoze). Quant à Renaud Donnedieu de Vabres, des internautes trouvaient fort à propos de rappeler que celui-ci ne présentait pas les conditions de rectitude morale nécessaires à l'élaboration d'un texte sur lequel s'exerçaient tant les contraintes des lobbies.

Ceci devrait d'ailleurs relativiser les prétentions de certains concernant le « lobby gay » : comparez la force toute relative de celui-ci avec celui d'industriels faisant intervenir de puissants gouvernements étrangers dans les affaires législatives françaises.

samedi, avril 13 2013

Combinatoire de l'accouplement

Je voudrais revenir, plus sérieusement, sur le sujet du billet précédent, à savoir l'interprétation du mariage en théorie des graphes.

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vendredi, avril 12 2013

Une vraie bonne raison contre le mariage homosexuel

Paris —

170 professeurs de recherche opérationnelle s'opposent au « mariage pour tous » au nom de la « simplicité ».

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mardi, avril 9 2013

On peut jamais rien faire avec les dictateurs

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lundi, avril 8 2013

Leibniz break

J'ai mis les débats au Sénat sur le mariage en fond sonore alors que je fais des choses assez fastidieuses en Coq + programmation fonctionnelle et j'entends :

« Les deux sexes sont égaux, mais pas équivalents. »

Et là, immédiatement « mais, l'égalité est une relation d'équivalence, même la plus fine ! ».

Sinon, j'ai entendu que le mariage était la plus vieille coutume de l'humanité. Cela m'a évoqué ces dissertations qui commencent par « de tout temps »...

lundi, mars 25 2013

Remarques géométriques au sujet de la « Manif pour Tous »

Une des premières choses que l'on m'a apprises en cours de physique était qu'avant de se lancer dans des calculs ou des mesures compliquées, il fallait obtenir une estimation des grandeurs recherchées — non seulement celle-ci permet d'anticiper ce qui est ou non négligeable, mais une trop grande divergence entre celle-ci et la mesure ou le résultat du calcul indique le plus souvent une erreur de modélisation, de mesure ou de calcul. Il me semble que cette habitude est utile non seulement en sciences physiques, mais dans tout acte de la vie où l'on calcule ou l'on mesure, y compris en politique.

J'ai également appris qu'un chiffre n'a guère de sens sans une explication de ce qu'il mesure véritablement, avec au besoin le détail du protocole expérimental. Les divergences entre les résultats indiqués par plusieurs personnes ou groupes peuvent, en effet, simplement refléter le fait que la grandeur mesurée ou estimée n'est pas la même.

Les organisateurs de la « Manif pour Tous » revendiquent 1,4 millions de participants. Le journaliste Samuel Laurent, adepte de la vérification des faits, surtout chiffrés, met en doute ce chiffre, tout simplement parce qu'avec 2 personnes par mètre carré en moyenne (ce qui est énorme pour une foule en mouvement), et des avenues de 50 mètres de large, il faudrait un cortège de 14 km de long. Ce calcul est vérifiable par toute personne ayant un niveau élémentaire en mathématiques.

Cherchons à affiner l'estimation. La distance entre l'Arche de la Défense et la Place de l'Étoile est d'environ 4,8 km. La largeur de l'Avenue de la Grande Armée est d'un peu plus de 50 m, mais il y a des arbres et d'autres obstacles ; disons 50 m. Cela donnerait, pour 1,4 millions de personnes, près de 6 personnes au mètre carré.. c'est à dire la densité d'occupation d'un métro où l'on est serré. Or, il s'agissait d'une manifestation en mouvement, où, nous dit-on, il y avait des enfants voire des poussettes (les organisateurs expliquent d'ailleurs que certains ont reçu des gaz lacrymogènes). Le chiffre annoncé par les organisateurs semble donc physiquement impossible.

Le député Lionel Tardy (Savoie, UMP) déplorait hier que la Préfecture de Police eût interdit l'accès aux Champs-Élysées à la manifestation pour des raisons de sécurité en période de Vigipirate Rouge :

Sauf erreur de ma part, ce à quoi Lionel Tardy fait allusion est la portion des Champs-Élysées où la circulation des piétons est interdite sur le trottoir nord pour des raisons de sécurité, qui s'étend depuis l'ambassade des États-Unis d'Amérique jusqu'à l'Avenue de Marigny... pour une distance d'environ 500 m. Rien que le contournement du Palais de l'Élysée prend 130 m.

Il me semble parfaitement vain de discuter de chiffres sans que des précautions élémentaires soient prises, notamment l'indication des méthodes d'estimation ou de comptage. Je serais curieux de lire des documents expliquant celles de la Préfecture de Police... et celles des organisateurs de la manifestation.

mardi, mars 19 2013

Quidquid lege dictum sit, altum videtur

170 enseignants-chercheurs de droit (droit public, droit privé, histoire du droit) ont signé une tribune s'opposant au projet de loi sur le mariage homosexuel, invoquant des risques pour les enfants. Ceci mérite réflexion, notamment quant à la place de l'intellectuel, de l'universitaire dans la société et à la légitimité de ses éventuelles interventions dans le débat public.

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mardi, mars 12 2013

Le pipeau pour tous

Dimanche dernier, au marché, je fus à trois reprises au moins abordé par des jeunes femmes de « la Manif pour Tous », qui tenaient à me munir de leur tract. Touché par pareille attention, je voudrais faire un petit commentaire des messages portés par celui-ci, et plus généralement par ce mouvement opposé au projet de mariage des personnes de même sexe.

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