Je viens de relire un article d’un magazine professionnel très intéressant en ce qui concerne la psychologie et la sociologie des organisations.

La société Coverity vend un logiciel qui recherche automatiquement les causes de bugs dans les programmes informatiques. On pourrait croire que pareil logiciel serait le bienvenu dans toute entreprise qui développe des programmes — on sait bien que la correction des bugs coûte cher, qu’un dysfonctionnement peut parfois produire un désastre commercial et financier, voire humain. Que nenni !

En réalité, les développeurs et leurs managers n’ont souvent aucune envie qu’on leur annonce qu’ils ont plus de bugs que ceux qu’ils connaissent déjà. Ils ont une base de données avec des milliers de problèmes signalés, pourquoi s’encombrer d’un outil qui en rajoute ? Et si leur succès est mesuré au nombre de bugs résolus, ils n’ont aucune envie de mettre à jour l’outil si cette mise à jour aboutit à ce que plus de bugs soient découverts, ce qui ruinerait leurs statistiques. Ignorance is bliss, l’ignorance est un bonheur.

L’outil de Coverity peut parfois produire des « faux positifs » : il signale des problèmes qui n’en sont pas. Il est donc tentant pour les développeurs de rejeter tout avertissement produit par l’outil comme étant encore un faux positif. Mais il y a mieux : parfois ils nient un fait technique parfaitement avéré, ou insistent que c’est une question d’opinion.

La ressemblance avec le traitement d’importantes questions politiques dans nos sociétés est troublante, n’est-ce pas ?