Mes lecteurs savent qu’une des principales raisons pour lesquelles je suis opposé au vote électronique pour les élections à grands enjeux, c’est que s’il devait y avoir une contestation (allégations de « piratage » ou de malversations), les experts scientifiques et techniques seraient placés dans une situation impossible : leurs propos seraient incompréhensibles pour le grand public, des gens relèveraient comme scandaleuses de simples remarques techniques, et on attribuerait le jugement des experts à leurs préférences politiques.

La polémique autour du système « ParcourSup » d’attribution des places dans l’enseignement supérieur illustre bien mes craintes : il s’est passé ce que je craignais comme ci-dessus. Des gens se répandent sur les réseaux sociaux en expliquant que très certainement mes collègues Claire Mathieu et Hugo Gimbert, concepteurs (à un degré que j’ignore) de ce système, sont « macronistes ».

Je ne suis aucunement surpris. À une autre époque, des gens avaient émis l’hypothèse que j’étais des amis d’Alain Finkielkraut car j’avais enlevé de sa biographie Wikipédia l’affirmation qu’il était un journaliste d’extrême-droite (je n’ai vu Alain Finkielkraut en chair et en os qu’une fois dans ma vie et n’ai jamais parlé avec lui), ou encore que j’avais corrigé la biographie de Monique Canto-Sperber au motif que je lui étais redevable au motif que je lui aurais dû ma place au LIENS (quiconque sait comment fonctionne le CNRS sait que cela est une idée délirante). Plus récemment, j’ai vu des tracts expliquant (je résume rapidement) que mon laboratoire fait des recherches militaires utilisables par Frontex (là encore, quiconque sait ce que nous faisons rira jaune).

Devant l’impossibilité d’un débat serein, devant l’omniprésence des attaques ad hominem, le plus simple me paraît être d’éviter le recours à des dispositifs d’intérêt douteux et qui susciteront le doute quant au processus démocratique, doute qui ne sera pas levé par les explications des spécialistes.