La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mme Frédérique Vidal, a expliqué qu’un des buts de ParcourSup par rapport à APB est de « remettre de l’humain » ; à l’opposé certains jugent « inhumain » le nouveau processus. Humain, inhumain, voilà qui mérite une petite analyse de vocabulaire.

Clairement, Mme Vidal considère qu’un processus plus humain est intrinsèquement meilleur, comme, dans d’autres contextes (alimentation, pharmacie), on considère souvent de nos jours que ce qui est « naturel » est intrinsèquement meilleur. L’« humain », le « naturel », sont considérés comme bons, par opposition à l’automatique, à l’artificiel, considérés comme mauvais.

Pourtant, quoi de plus humain, pour un·e enseignant·e, que de « saquer » une élève jugée « trop sûre d’elle pour son propre bien » car elle a d’excellentes notes dans d’autres disciplines, ou encore un étudiant dont les options politiques ou syndicales déplaisent ? Quoi de plus humain que de noter favorablement, même inconsciemment, un élève que l’on juge agréable ? Quoi de plus humain, pour des étudiants s’estimant mal notés, que de soupçonner l’existence de favoritisme ou de discrimination ?

Pour toutes ces raisons, on a très largement adopté dans l’enseignement supérieur, les examens et les concours, la correction sur copies anonymes. Pourtant, n’est-il pas déshumanisant de remplacer le nom de l’étudiant par un numéro d’ordre ?

Ainsi, ce qui est plus humain, au sens d’une plus grande intervention des sentiments et jugements humains, n’est pas forcément plus juste ou meilleur… ni même d’ailleurs plus humain au sens de respectueux de la dignité humaine.

Quant à ParcourSup, on soutient parfois qu’il s’agit d’un processus plus humain que l’algorithme APB parce qu’il pose des questions successives aux candidats au lieu de les affecter à la suite d’un calcul à partir de l’ordre de leurs préférences. Là encore, on semble considérer qu’il est meilleur d’impliquer l’humain à chaque étape plutôt que de lui demander de se fier au résultat ultime d’un calcul qu’il n’effectue pas lui-même. Attitude curieuse ! Comme si une moyenne de notes calculée à la main était plus humaine qu’une moyenne calculée à l’aide d’un tableur. De fait, l’allongement de la durée du processus due à l’attente des réponses des candidats, bref de leur facteur humain, conduit à une attente et une angoisse que certains jugent inhumaine.

Ainsi, cet argument de l’humanité du nouveau processus confond plusieurs sens de « humain » : « Qui appartient à l'homme, qui lui est propre » (on demande une intervention du candidat à chaque étape », « Qui épouse pleinement la nature humaine dans ses qualités et ses défauts » (y compris la subjectivité de son jugement), et « Qui est sensible à la pitié, qui fait preuve d'indulgence, de compréhension envers les autres hommes ». C’est ainsi qu’avec un processus humain selon les deux premiers sens celui-ci peut s’avérer inhumain au sens du troisième.