Il est rare que le résultat des concours de recrutement dans l’enseignement supérieur et la recherche fasse l’objet de polémiques publiques. C’est pourtant le cas des concours de chargé de recherche au CNRS de cette année, plus précisément de ceux de l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS), une des divisions de cet organisme ; on en parle dans Le Monde et sur France Culture ! C’est l’occasion pour moi de revenir sur le déroulement de ce concours.

Quand on parle de concours de la fonction publique, on imagine une suite d’examens écrits et oraux, plus ou moins scolaires, portant sur les connaissances générales et spécifiques attendues du personnel recruté. Les concours de recrutement de chercheurs ne se déroulent absolument pas comme cela.

Le candidat (ou la candidate, bien évidemment) soumet en ligne un dossier comportant d’une part un résumé de ses travaux de recherche précédents (y compris une liste de publications, brevets, etc.) d’autre part un projet de recherche et d’intégration dans des laboratoires du CNRS. En effet, le travail de recherche scientifique, une fois mené, se concrétise principalement sous la forme de publications décrivant les résultats auxquels on est arrivé, dans des revues ou ouvrages spécialisés, après passage devant un comité de lecture et de sélection.

On vérifie d’abord si le dossier est complet et si le candidat vérifie les conditions légales pour concourir, c’est-à-dire la possession d’un doctorat (sauf dispense par une commission scientifique). Le candidat est déclaré « admis à concourir ».

Le dossier est examiné par une commission compétente pour la discipline concernée (on peut candidater dans plusieurs disciplines en même temps), formée de membres élus par les chercheurs du CNRS et par des enseignants-chercheurs ou chercheurs d’autres organismes. Il s’agit, plus précisément, soit d’une section du Comité national de la recherche scientifique (qui a pour autre rôle notamment d’évaluer les chercheurs du CNRS et de se prononcer sur leurs promotions) soit d’une commission interdisciplinaire. Ces sections et commissions sont numérotées, c’est pour cela que dans les articles de presse cités on parle de postes de section 36, 39, etc.

À l’issue de cet examen, une partie des candidats (mettons la moitié) sont admis à poursuivre et à se présenter à une audition où ils présenteront leurs travaux, leur projet et répondront à des questions. L’utilité de cette audition, brève en raison du nombre importants de candidats à passer, est discutée, notamment en raison de la rigidité administrative qu’elle impose (on fait venir, à leur frais, des candidats parfois de très loin, et l’absence est éliminatoire).

La commission produit un classement d’admissibilité, comportant habituellement plus de candidats que de postes à pourvoir (un concours est habituellement ouvert pour quelques postes, voire un seul). Ce classement est ultérieurement transmis à un jury d’admission, commun à plusieurs sections ou commissions, qui établit un classement définitif en sélectionnant parmi les admissibles. Ce jury d’admission est lui aussi formé de scientifiques du domaine, dont des représentants des sections compétentes et des personnalités scientifiques extérieures nommées par la direction — je précise cela, car certains propos tenus dans l’actuelle polémique suggéraient qu’il comprenait des « administratifs ». On m’a toutefois plusieurs fois suggéré que l’avis de la direction de l’institut y est important.

Le plus souvent, le classement d’admission, comportant une liste principale d’autant de candidats que de postes, puis une liste complémentaire, reproduit celui d’admissibilité, à l’exception de candidats ayant démissionné du concours (par exemple, parce qu’ils ont obtenu un poste à l’étranger). Parfois, le jury d’admission permute des candidats de la liste complémentaire, ce qui a une importance notamment si des postes non pourvus sur d’autres concours sont redéployés, ce qui permet de recruter un candidat de plus que le nombre initialement prévu sur un concours donné. Il est en revanche rare que des candidats en liste principale soient déclassés, et c’est ce qui suscite la polémique.

L’an dernier, le jury d’admission de l’institut d’informatique (InS2I) a déclassé des candidats en liste principale (voir le classement d’admissibilité et le classement d’admission), ce qui a provoqué une polémique entre la section 6 et la direction de l’institut, la première publiant une motion, la seconde répliquant par un courriel aux laboratoires dans laquelle elle détaillait les raisons du jury d’admission. Je ne citerai pas in extenso ce courrier, mais on y évoquait la nécessité d’équilibrer les thématiques (le jury d’admissibilité ayant favorisé certains thèmes de recherche, très théoriques, au détriment des autres) et les provenances (quatre candidats classés ayant leur directeur de thèse ou leur co-directeur de la même équipe du même laboratoire).

Je serais donc curieux d’en savoir plus sur les raisons des jurys d’admission InSHS de 2017, au delà des postures convenues.

Réf: Décision de constitution auprès de chacun des instituts du CNRS d'un jury d'admission pour les concours de recrutement des chargés de recherche ouverts au titre de l'année 2017, réf. DEC171262DRH, Bulletin officiel du CNRS, avril 2017, pp 244-251

PS Ce billet, rédigé sur mon temps libre, ne comporte ni approbation ni improbation des positions du CNRS, et n'est pas non plus une référence officielle concernant la procédure des concours — seuls les textes et sites officiels font foi.

PS² Réaction du conseil scientifique de l'InSHS, et réaction de la direction du CNRS à la polémique.