La vulgarisation scientifique ou technique doit-elle mentionner ses sources, articles ou rapports de recherche ? Pour certains, dont Cécile Michaut, non, si elle s'adresse au grand public : seule une faible fraction de celui-ci pourrait tirer partie de la lecture de ces articles, et les autres pourraient se sentir exclus ou intimidés. Pour d'autres, il s'agit non seulement de permettre à la minorité ayant les compétences d'approfondir le sujet, mais surtout d'une condition indispensable d'honnêteté intellectuelle.

Il m'arrive que l'on me pose des questions au sujet d'informations publiées dans la presse dans des domaines où l'on pense que j'ai quelque compétence (sécurité informatique…). Très souvent, je ne peux rien répondre sinon des généralités, car je n'arrive pas à attacher un sens précis à l'article de presse. J'apprécierais alors d'avoir la source originale à disposition.

Je voudrais toutefois aller plus loin que ce simple constat, et me livrer à une petite digression épistémologique (ce pour quoi je ne suis pas qualifié, n'étant pas philosophe !). Karl Popper proposait comme critère pour déterminer si une affirmation est scientifique qu'elle soit réfutable, c'est-à-dire qu'elle soit formulée d'une façon qu'il soit possible d'en discuter la véracité et le cas échéant de la réfuter. L'affirmation « Pénélope Fillon avait un emploi fictif » est réfutable, en fournissant des preuves (témoignages, documents…) d'un travail effectif — il faut bien entendu différencier réfutable de réfutée, c'est-à-dire que l'on apporte effectivement ces preuves. À l'inverse, l'affirmation « il existe des dieux qui vivent dans un univers parallèle au nôtre, mais qui n'interviennent pas dans le nôtre » n'est pas réfutable, puisqu'il est impossible de concevoir une possible preuve qu'elle est fausse.

Si un texte est écrit de façon si vague que l'on ne puisse savoir ce qu'il veut dire, alors il est irréfutable, car il est impossible de le prendre en défaut. Si un article de vulgarisation me dit qu'une étude publiée par tels auteurs sous tel titre aboutit à telle conclusion, cette affirmation est réfutable : on peut se rapporter à l'étude et avoir un débat si celle-ci aboutit ou non à la conclusion prétendue. Si en revanche on me dit qu'une « étude américaine » aboutit à une certaine conclusion, cette affirmation n'est pas réfutable — je ne peux pas consulter l'entièreté des études publiées sous une forme quelconque par des américains et vérifier si l'une d'entre elles n'aurait pas une conclusion de ce genre.

Celui qui s'exprime de façon vague ne prend guère de risque, de même d'ailleurs que celui qui, a posteriori, invoque la nécessité d'une nécessaire interprétation métaphorique de ses propos. Il ne peut jamais avoir tort !

Revenons à la question de la vulgarisation scientifique. Je fais plus confiance à un article qui cite précisément l'étude sur laquelle il s'appuie qu'à un article qui ne le fait pas précisément parce qu'il s'expose à la critique, à la réfutation, par des experts. L'auteur s'estime suffisamment assuré de ses propos pour cela. À l'inverse, celui qui parle sans source et dans le flou veut peut être dissimuler ses approximations ou extrapolations.