Louis Aliot a récemment évoqué le fait que Benoît Hamon avait été nommé professeur d'université avec une simple licence d'histoire. Diverses personnes, visiblement sympathisantes du Front National ou du moins de la droite, ont embrayé. Je voudrais ici rectifier certaines erreurs factuelles et confusions dans leur raisonnement.

Il y a dans les universités françaises et établissements assimilés différentes catégories de professeurs enseignants : les enseignants-chercheurs, les enseignants-chercheurs associés, les attachés temporaires d'enseignement et de recherche, les enseignants du secondaire, les vacataires, et les doctorants avec mission d'enseignement (je passe sur la situation particulière des hospitalo-universitaires). Vu des étudiants, il s'agit tous de « professeurs », mais il existe de grandes différences de statut entre eux ! (Pour les professionnels du domaine, un « professeur » c'est normalement seulement un « professeur des universités »… sinon on dit « enseignant »!)

Les enseignants-chercheurs se composent des maîtres de conférences et des professeurs des universités. Il s'agit de fonctionnaires recrutés (sauf exception) après un doctorat (et une habilitation à diriger les recherches, pour les professeurs), par un concours en deux étapes, l'une de filtre national, l'autre locale, où l'on examine la qualité scientifique des résultats du candidat, son projet de recherche, ses compétences en enseignement… (Les cas des disciplines médicales, juridiques et économiques est différent, mais ne compliquons pas.) Il est tout à fait exact, du moins au vu des informations que j'ai sur lui, que Benoît Hamon ne vérifie pas du tout ces conditions.

Les enseignants-chercheurs associés se composent des maîtres de conférences associés et des professeurs des universités associés. Il s'agit de personnels contractuels, à temps complet ou partiel, recrutés principalement pour leur expérience professionnelle : par exemple, on pourra recruter un ingénieur travaillant dans l'industrie pour enseigner les domaines sur lesquels il a compétence. Même si dans certains cas les enseignants-chercheurs associés ont un doctorat, ce n'est pas une condition nécessaire. C'est sur ce type de poste qu'a été recruté Benoît Hamon, apparemment pour enseigner sur les organisations internationales, sans doute au motif que ses mandats politiques lui ont donné cette compétence — ignorant tout de ce en quoi consiste l'enseignement de science politique je m'abstiendrai d'en juger.

Il ne faut pas confondre ce type de poste avec ceux des vacataires : ceux-ci, qui doivent exercer une activité principale distincte, sont payés à l'heure de cours ou de travaux dirigés. Leur recrutement est considérablement moins solennel !

Pour conclure, je voudrais rappeler que la procédure de recrutement des enseignants-chercheurs fonctionnaires est extrêmement codifiée. Il faut être ignorant ou de mauvaise foi pour prétendre que l'on puisse recruter professeur des universités quelqu'un n'ayant pas du tout les diplômes : une telle personne n'est tout simplement pas admise à concourir ! De telles allégations, de la part de responsables politiques, sont d'autant plus insultantes pour l'ensemble du corps universitaire qu'elles le mettent à l'égal de ces lieux de pouvoirs où l'on distribue des emplois fictifs ou de pure complaisance.

Rappelons également que les professeurs des universités et professeurs associés sont nommés, à la fin de la longue procédure de sélection, par décret du Président de la République : imagine-t-on Nicolas Sarkozy nommant Benoît Hamon par pure complaisance ?

PS: J'ai un peu simplifié, tant les statuts et procédures de recrutement sont divers, avec des exceptions.