J'ignorais que Frédéric Beigbeder fût humoriste. Enfin, était-ce de l'humour, ou parlait-il sérieusement, quand il expliquait sur France Inter que ceux qui conçoivent des algorithmes — ces fameux algorithmes derrières les services Internet — sont des frustrés sexuels, d'anciens forts en maths boutonneux, bref, des gens pénibles et chiants, par opposition aux « hédonistes » dont il prétend faire partie.

Je conçois que l'on puisse souffrir d'un complexe d'infériorité envers les « forts en maths » et les gens qui savent ce dont ils parlent quand ils parlent d'algorithmes, et que l'on puisse, à 51 ans, vouloir se venger de ses petits camarades de lycée meilleurs que soi. Je conçois plus difficilement qu'une radio publique puisse se prêter à pareil exercice, digne d'un scénario de série américaine pour adolescents — mais oui, vous savez bien, le héros bien dans sa peau et athlétique flanqué d'un geek binoclard ! Mais surtout, j'aimerais un peu régler son compte à cet « hédonisme » en peau de lapin que nous vante Beigbeder.

Le jeune « hédoniste » à la Beigbeder, c'est le jeune homme — ou la jeune fille — de bonne famille, pas inquiet quant au succès de ses études car papa-maman seront là pour payer, qui n'a pas besoin de travailler, sort en boîte, va dans des fêtes, essaye des drogues. Ce n'est pas lui qui nettoie son vomi un lendemain de « murge » — il y a pour cela une France plus basanée et qui se lève plus tôt. Il peut considérer comme de « vieux cons » ses voisins qui protestent contre le bruit de ses fêtes — vu que lui n'a pas à se lever à 4h du matin quand le bébé hurle puis à 7h quand il faut préparer l'aînée pour l'école.

L'hédoniste plus âgé, lui, peut par exemple sniffer de la cocaïne sur le capot d'une voiture. S'il se fait prendre et poursuivre en justice, en bon privilégié pour qui les problèmes ne doivent arriver qu'aux autres, il s'en prend publiquement au Procureur de la République pour avoir subi (et encore, pas en version grave) ce que les autres toxicomanes subissent sans qu'on leur tende le micro ou la plume pour s'en plaindre.

Vous l'aurez compris, les petits cons privilégiés me fatiguent. Porcherie !.

PS Je ne porte pas de lunettes, n'ai pas eu de problème particulier d'acné, et ai, comme ma consœur Charlotte Truchet, une vie sexuelle satisfaisante (mais pas avec elle).