Lors de la préparation d'un exposé (*), j'ai voulu me rappeler les propos du philosophe Alain opposant pensée contemplative et technique. J'ai relevé quelques extraits de son livre Les Idées et les Âges (1927), à destination notamment de mes collègues biologistes et mathématiciens :

« Ce que je veux faire remarquer, c'est que la Mathématique, contemplative en ses premiers essais, devient décidément technique par l'usage du Calcul, et d'autant plus que les problèmes sont plus compliqués ; je dis technique, même dans la découverte, comme on voit en Leibniz ou Euler, qui sont habiles à essayer, et réellement transforment une manière d'écrire comme d'autres arrivent à faire marcher un mécanisme rebelle. L'esprit mathématicien s'explique assez bien par des remarques de ce genre. On pourrait dire que le Mathématicien est plutôt un travailleur qu'un penseur. En tout technicien, de mathématique ou bien de chimie, on retrouvera toujours cette impatience qui exige l'action et ne sait point penser avant que l'objet réponde ; et comme conséquence naturelle ce vide de l'esprit résultant de ce que l'idée est toujours ramenée au procédé, ce qui efface la notion même du vrai et du faux. »

(Notons qu'Alain prend comme exemples caractéristiques Leibniz (1646-1716) et Euler (1707-1783) et non des mathématiciens de son temps comme David Hilbert, Jacques Hadamard ou Kurt Gödel...)

« L'enfant brise les choses et torture les animaux par cette fureur d'inventer sans penser ; à cet abus de la force, si profondément lié à l'activité de croissance, répond cette froide cruauté des vivisecteurs, qui sacrifient des centaines d'animaux quand il suffirait de contempler et de réfléchir avec retenue pour obtenir la vraie réponse. »

(On peut supposer que par « vivisecteurs » il entend les biologistes expérimentant sur des animaux vivants.)

Alain, notamment son texte sur la technique, est semble-t-il souvent étudié dans le cadre de l'enseignement obligatoire de la philosophie au lycée.

(*) Je cherchais quelque référence pour évoquer le fait qu'en matière de satisfiabilité propositionnelle, la pratique (la « technique ») permet de résoudre de nombreuses instances importantes, alors que la théorie (la « pensée ») n'a pas permis d'expliquer ce phénomène.