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Monsieur le médiateur, Lors de l’émission C dans l’air du 25 septembre 2015, sur France 5, la chroniqueuse Hélène Pilichowski a affirmé :

« Moi qui suis grenobloise, il y a des centres de recherche énormes à Grenoble, avec des gens qui étaient nommés à vie. Comment voulez-vous qu’on cherche, et surtout qu’on trouve, pendant toute une vie. Quand ils arrivent à vingt-cinq ans, vingt-huit ans ils sont pleins d’ardeur, puis après ils vont sur les pistes de ski et dans les clubs de tennis. À Grenoble c’était comme ça, c’était tous les chercheurs qui étaient là. Bien évidemment, ils sont nommés à vie. C’est terrible, ça n’a pas de sens. »

En d’autres termes, selon cette éditorialiste, tous les chercheurs titulaires, ou du moins une bonne partie, passée la trentaine, ne cherchent plus, ne trouvent plus, et passent en fait leur temps de travail à leurs loisirs. Il s’agit là d’accusations graves, que nous ne pouvons pas laisser passer.

Il est évident que Mme Pilichowski ignore tout du métier de chercheur et de sa pratique actuelle. Par exemple, peut-être ignore-t-elle que la majorité des chercheurs sont en fait des enseignants-chercheurs, qui, en sus de leur recherche, enseignent et surtout administrent l’université. Peut-être ignore-t-elle que le temps des chercheurs moins jeunes est largement occupé par la rédaction et l’évaluation de demandes de financements, la gestion de problèmes administratifs allant des ressources humaines aux marchés publics, ou encore l’évaluation des travaux des collègues.

S’il existe sans doute, comme dans tout métier, des tire-au-flanc, ceux-ci sont une infime minorité en regard de tous ceux qui font leur métier consciencieusement, dans des conditions que nombre de nos collègues étrangers jugeraient souvent indignes.

Au delà des déclarations de Mme Pilichowski, l’attitude des hôtes de l’émission nous paraît également critiquables. Il nous semble que leur devoir aurait été de recadrer des accusations aussi générales, prononcées à l’égard de catégories entières de personnels non représentés dans cette émission et donc sans mesure de se défendre. C’est là une curieuse conception du fair play et de la pluralité des opinions.

Nous demandons donc à Mme Pilichowski et à France 5 de s’excuser de ces propos auprès des chercheurs grenoblois.

Au delà du cas d’espèce, il nous semble, Monsieur le Médiateur, que cet incident illustre un phénomène inquiétant dans les grands médias : la présence permanente d’éditorialistes s’exprimant sur tout sujet, indépendamment de leur compétence et des erreurs proférées. Peut-être existe-t-il des chercheurs qui, avec l’âge, perdent de leur pertinence, mais dans ce cas il conviendrait de s’interroger sur celle d’éditorialistes dont les propos relèvent du Café du Commerce.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.