Un des traits les plus saillants des la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis d'Amérique depuis les attentats du 11 septembre 2001 est l'usage officialisé de « techniques d'interrogatoires renforcées », un euphémisme pour diverses formes de torture (même si le gouvernement a initialement tenté de masquer les plus graves). Divers épisodes de la série télévisée 24, largement inspirée par la « guerre contre le terrorisme » montrent la torture de suspects comme un moyen légitime d'obtenir des renseignements. Des débats, à la fois au Congrès et dans les médias, ont montré que la torture (plus ou moins euphémisée) a des défenseurs, dans un pays qui se veut démocratique, respectueux des lois et des Droits de l'Homme.

Bien entendu, ce n'est pas la première fois que les États-Unis, ou d'autres démocraties, faisaient usage de torture. Il me semble cependant que, d'habitude, celle-ci avait lieu de façon plus honteuse : publiquement niée mais pratiquée par les unités militaires et policière, comme par la France en Algérie, ou chez des alliés auxquels on fournissait armes et instructeurs, comme en Amérique du Sud ou dans l'Iran du Shah. On peut ajouter à cela les brutalités policières intérieures, tolérées mais officiellement liées ou minimisées comme les actes de brebis galeuses. Avec la guerre contre le terrorisme, on est arrivé aux États-Unis à un débat politique où des gens parlent sérieusement et ouvertement d'autoriser la torture si les intérêts fondamentaux de l'État l'exigent.

J'aimerais comprendre d'où vient historiquement cet usage de la torture, du moins au sein des « démocraties occidentales ».

Jusqu'au XVIIIe siècle environ, les systèmes judiciaires des pays européens torturaient les suspects, pour obtenir des aveux, les noms de leurs complices, ou encore pour les forcer à plaider coupable ou non coupable. On a ensuite abandonné cette pratique comme à la fois barbare et inefficace.

Il ne me semble pas qu'au XIXe siècle, les pays occidentaux aient pratiqué la torture en dehors de leurs actions coloniales et de leur éventuel esclavagisme. Ils avaient des détenus politiques, certes (l'Autriche-Hongrie, par exemple, embastillait les indépendantistes de multiples nations qu'elle dominait), souvent dans des conditions dures, mais il ne me semble pas qu'il y ait eu de la torture au sens où on la pratiquait avant ou on l'a pratiquée après.

La question est donc de savoir ce qui a changé ensuite. J'aimerais, chers lecteurs, votre opinion argumentée là dessus.

Je verrais bien comme raisons :

  1. La montée de régimes brutaux (le fascisme, le nazisme, le communisme soviétique) qui ont fait des émules, à la fois hors et dans les démocraties.

  2. Une certaine vision scientiste et techniciste, avec toute une mythologie des « sérums de vérité » et des techniques de « lavage de cerveau » (voir par exemple le projet MKUltra).

  3. Le racisme (de la même façon qu'au XIXe siècle, les droits de l'homme étaient ceux de l'homme blanc chrétien, et pas celui du colonisé ou de l'esclave).