Il ne me semble pourtant pas bien difficile, pour une assemblée parlementaire, de se procurer les noms de spécialistes français de ce genre de questions. C'est probablement l'affaire d'un courrier électronique au président de l'INRIA et au directeur scientifique du CNRS-INS2I, qui peuvent très vite faire retrouver des personnalités compétentes dans les laboratoires de leurs instituts.

Pourquoi cela n'a-t-il pas été fait ? Quelques réponses possibles :

  1. Les députés estiment possible de légiférer valablement sur des sujets techniques, sur lesquels ils avouent souvent leur ignorance, sans prendre l'avis de spécialistes.

  2. Ils ne savent pas qu'il y a des chercheurs en informatique. (Possible : je me rappelle, lorsque j'étais étudiant, de l'étonnement d'une étudiante en droit devant l'existence de DEA, voire de doctorats, en informatique.)

  3. Ils préfèrent prendre l'avis de consultants, ou de chefs d'entreprise du secteur (qui ont sans doute des produits à vendre).

  4. Ils ont peur que les universitaires n'aient un discours par trop vrai et pas assez respectueux de leurs objectifs politiques.

Sur ce dernier point, une anecdote personnelle. Lorsque j'avais été auditionné par le Forum des Droits sur Internet sur la sécurité des ordinateurs de vote, j'avais à un moment posé la question du modèle de l'adversaire à considérer : veut-on sécuriser ces systèmes seulement contre des intrusions à distance, ou encore par une personne ayant la machine sous sa garde pendant de longues périodes ? Sur ce dernier point, j'avais relevé que les matériels sont sous la garde d'élus locaux, qui peuvent avoir avantage à altérer les résultats des votes. On m'a vite fait comprendre que je n'aurais jamais dû dire cela… Sans doute que le seul scénario respectueux des désirs politiciens était celui de mystérieux hackers extérieurs, dont on se demande bien d'ailleurs quels objectifs ils pourraient poursuivre !

Et donc : les députés ont-ils auditionné des spécialistes des domaines de l'informatique concernés et, sinon, pourquoi ne l'ont-ils pas fait ?