Le 9 février 2015, le député Jean-Jacques Urvoas prononçait une conférence à l'Institut des Hautes Études de la Défense nationale, lors de laquelle il a affirmé :

Nous avons besoin d'analystes, nous avons besoin d'informaticiens, nous avons besoin de mathématiciens qui arrivent à manier la cryptologie, c'est-à-dire la capacité à pénétrer les réseaux Internet.

Pour mémoire, je suis informaticien et, modestement, mathématicien, et j'ai même publié des articles de recherche sur l'analyse des protocoles cryptographiques. Il me semble donc que je rentre dans les catégories dont Jean-Jacques Urvoas affirme que la défense de la France a besoin.

Suite à une mention de cette conférence sur Twitter, je postai hier cette remarque :

La cryptologie n'est pas la capacité à pénétrer les réseaux.

Cette remarque était à la fois parfaitement polie et factuelle. Pourtant, je m'aperçois aujourd'hui que M. le député Urvoas m'a « bloqué », c'est-à-dire que je ne peux suivre les messages qu'il poste (ou, plutôt, que je devrais faire une petite contorsion pour cela).

Je ne peux m'empêcher de voir dans cette réaction une curieuse conception du débat démocratique.

C'est la troisième fois en quelques années que je vois un député, fort indigné qu'un·e simple citoyen·ne lui fasse remarquer qu'il parle de ce qu'il ne connaît pas, faire preuve de morgue... et pourtant je discute rarement avec ce type de personnages. (Un jour, je raconterai ici comment Jacques Myard a voulu m'expliquer la publication scientifique.)

PS : Dans le même ordre d'esprit, le député Jérôme Lambert a fait un magnifique numéro de 'splaining à une enseignante d'histoire-géographie-éducation civique, en lui expliquant qu'elle ne comprenait pas le droit et la justice en France. Bizarrement, quand c'est une maîtresse de conférences en droit qui a donné raison à l'enseignante, on ne l'a plus entendu.

Il faut dire que M. le député estime a en bien piètre estime ceux qui s'inquiètent du projet de loi sur le Renseignement :

« mais non...ça "gueule" pas...ils ont trouvé un centre d'intérêt dans leur vie morne. C'est tout, et c'est bien ainsi »