Je ne reviendrai pas sur l'impressionnant succès technologique que constitue la mise en orbite de la sonde Rosetta autour de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, et la descente et l'arrimage sur celle-ci du module Philae, et je n'anticiperai pas sur les découvertes scientifiques qui seront faites et sur lesquelles je suis fort incompétent.

J'aimerais en revanche évoquer un point important concernant la diffusion des images produites par cette sonde, du moins par sa caméra NAVCAM. En effet, l'Agence spatiale europénne (ESA) diffuse ces images sous une licence libre (CC-BY-SA) !

Ceci peut paraître parfaitement anecdotique, mais ceci me fait plaisir et j'aimerais expliquer pourquoi. Il y a 10 ans, j'étais assez investi dans l'association Wikimédia France, qui promeut Wikipédia et les projets associés, et plus généralement promeut la « culture libre ». Il y a eu beaucoup de bêtises écrites à ce sujet ; rappelons qu'il ne s'agit pas là de détruire le droit d'auteur ou de réclamer une illusoire gratuité de tout, mais d'établir qu'il y a plus avantage à laisser diffuser et réutiliser librement certains documents qu'à soumettre ces usages à la bureaucratie et à des paiements.

À l'époque, il était flagrant que l'imagerie librement disponible sur le Web sur le spatial et l'aéronautique était très majoritairement américaine, de la NASA et du Département de la Défense, les documents produits par les administrations fédérales américaines étant dans le domaine public de part la loi — mais pas celles de l'ESA. Ceci se traduisait par une iconographie très majoritairement américaine dans les médias et les ouvrages internationaux : il est bien plus facile de récupérer une image libre de droits que de chercher à obtenir une autorisation ou organiser un paiement international…

Le même problème se posait avec les organismes français tels que le Centre national d'études spatiales (CNES), les musées… avec la confusion typique à la française : ce n'est pas que les gens soient de mauvaise volonté, mais personne ne sait qui au juste qui pourrait décider d'une autre politique de diffusion.

Donc, nous étions allés, Delphine Ménard et moi, au siège de l'Agence spatiale européenne… où l'on nous avait expliqué que tout ceci était très compliqué, parce que l'agence dépend d'une multitude d'états, que les droits sur les photos pourraient bien appartenir aux organismes ayant mis en place les instruments dans les sondes, voire dans certains cas personnellement au scientifique ayant conçu l'instrument… et puis dans certains cas il n'était pas clair qu'il y ait des droits d'auteur, faute d'originalité (caméras automatiques, dont l'emplacement est largement déterminé par des caractéristiques techniques).

Tout ceci était un peu décourageant… et les adhérents de l'association trouvaient nos actions un peu vaines, vu que les choses ne semblaient pas bouger.

Il a seulement fallu 10 ans pour que les choses avancent un peu. C'est le temps que la sonde a mis pour aller jusqu'à la comète.

Un grand pas pour une petite sonde, un petit pas pour l'Administration.