On m'a parfois accusé de mépriser les sciences humaines et sociales, et plus particulièrement la philosophie. Je désirerais ici clarifier ce point : je ne vois pas en quelle occasion j'aurais fait des remarques méprisantes envers ces disciplines ; en revanche, j'ai parfois émis des critiques quant à certaines pratiques. Explicitons.

J'ai plusieurs fois critiqué les pratiques mandarinales et anti-sociales de certains universitaires des sciences humaines et sociales, mais pas seulement. Par exemple, j'ai critiqué un certain directeur de laboratoire « classe exceptionnelle » qui s'étonnait qu'il fallût payer des doctorants pour que ceux-ci pussent se permettre de passer la journée à travailler dans son laboratoire (ne se rendait-il pas compte que vivre à Paris est cher ?). Mon collègue sociologue Baptiste Coulmont lui aussi signale certains comportements problématiques dans sa discipline, et personne ne l'accuse de mépriser la sociologie.

J'ai parfois critiqué certains enseignants ou universitaires en philosophie qui abordent à titre professionnel et dans le cadre de l'expertise que laisse supposer leur statut des questions qu'ils ne maîtrisent pas. J'estime notamment qu'il y a une faute méthodologique à vouloir aborder des sujets avancés comme la mécanique quantique ou les théorèmes d'incomplétude de Gödel avant d'avoir une certaine familiarité avec des sujets plus basiques comme la mécanique classique ou la logique mathématique élémentaire. Il me semble qu'il convient, lorsque l'on excipe de ses titres pour exercer un magistère, de ne pas outrepasser ses compétences. J'ajouterai que j'ai également publiquement critiqué certains raisonnements osés de Roger Penrose, sans que l'on m'accuse de mépriser la physique mathématique.

Toujours sur ce sujet des limites des compétences, j'ai critiqué des professeurs de droit qui s'improvisaient pédopsychologues tout en excipant de leurs titres.

J'ai parfois critiqué la propension de certaines personnes formées aux lettres, aux sciences humaines et sociales, à surestimer la portée réelle de leurs connaissances, leur importance ou leur reconnaissance sociale. Ainsi, lorsqu'on m'a dit, en somme, que « tout le monde » connaît Roland Barthes, j'ai fait remarquer que lorsque j'ai demandé dans mon entourage professionnel (chercheurs et enseignants-chercheurs), personne ne savait précisément de qui il s'agissait…

Je me suis parfois interrogé sur la pertinence de certains enseignements que j'ai reçus, par exemple le cours de philosophie de terminale. Il me semble légitime de questionner l'imposition d'enseignements obligatoires dans le cadre d'emplois du temps chargés… et je ne vois en cela rien de méprisant (par exemple, je ne méprise certainement pas le traitement du signal, mais je ne comprendrais pas qu'on impose un cours de traitement du signal dans toutes les classes de terminale).

Enfin, je me suis permis — crime indigne, sans doute — de rédiger un billet sans prétention sur la pratique scientifique. Je dis « sans prétention » car je ne prétendais nullement faire œuvre originale de philosophie ou de sociologie des sciences : il s'agissait d'un billet de blog informel relatant un ressenti, et non d'un cours, d'un article ou d'une thèse universitaire sur le sujet. Ce billet a été décrit comme le signe d'un mépris envers la philosophie et la sociologie des sciences. C'est un peu comme si, lorsque quelqu'un parlait informellement des nombres entiers, je lui disais de se taire au motif qu'il n'est pas agrégé de mathématiques.

Mais peut-être me trompé-je, et ai-je involontairement eu des marques de mépris envers la philosophie, la sociologie, l'histoire, la littérature latine ou que sais-je encore. Je saurai donc gré à mes lecteurs de bien vouloir me signaler d'éventuelles remarques déplacées de ma part.