En France, nous sommes habitués à des établissements d'enseignement supérieur mixtes (même les écoles militaires le sont depuis un certain temps déjà). C'est donc avec une certaine surprise que j'ai constaté à Séoul la présence d'universités féminines. (Enfin, je ne suis qu'à moitié surpris, vu ce que je savais de la société coréenne.)

Mieux, le campus de l'Université Hanyang comprend aussi les bâtiments de l'Université féminine Hanyang, comme s'il s'agissait d'un « département » de l'université comme les autres. Faut-il comprendre que si l'on est une femme, on ne peut rentrer à l'Université Hanyang « normale », ou celle-ci est-elle mixte mais pas l'autre ? Il faut dire que les programmes proposés à l'Université féminine, à l'exception d'un peu d'informatique, sont dans des rôles féminins traditionnels : tricotage, interprétariat, tourisme, arts plastiques, éducation des enfants, décoration…

Ceci permet sans doute d'éclairer certaines questions de collègues coréens : ainsi, à un chercheur mentionnant qu'il a un enfant, « est-ce que votre femme travaille ? ». La réponse « oui, elle est professeur d'université » a dû un peu surprendre. De même, une collègue coréenne, travaillant dans l'industrie après son doctorat, son mariage et son premier enfant, m'avait laissé entendre que c'était inhabituel et qu'heureusement que sa (belle-?)maman pouvait s'en occuper quand elle n'était pas là.

Je me rappelle d'une visite dans un laboratoire japonais entièrement masculin, sauf l'inévitable office lady, qui non seulement assure le secrétariat, mais fait la vaisselle (lorsque j'ai voulu laver ma tasse à thé, on m'a repris en m'expliquant « c'est le travail de l'office lady »).

Afin que mon article ne paraisse pas une critique des sociétés extrême-orientales, je voudrais mentionner que la Chine me semble avoir bien plus féminisé son personnel scientifique et technique (du moins hors instances dirigeantes). Par ailleurs, mon plus bel exemple de laboratoire masculin, je l'ai vu à Imperial College à Londres : je donnais un séminaire devant une salle bondée dans un département d'electrical engineering, où quelques femmes étaient présentes, mais venant il me semble du département de computer science voisin ! De fait, il ne semblait pas y avoir une seule femme parmi les doctorants, et il y avait même une blague salace sur un tableau (que j'ai heureusement oubliée). C'était caricatural.