On débat en France de l'opportunité ou du l'inopportunité d'enseigner le « code », voire le « codage informatique » à l'école. Des parlementaires ont même déposé une proposition de loi en ce sens.

J'ai pour ma part enseigné pendant 15 ans la programmation informatique. Dans aucun des intitulés ou des descriptifs des enseignements auxquels j'ai participé, on ne parlait de « code » ou de « codage ». Le mot « code » est réservé aux « codes correcteurs d'erreur »... mais il s'agit là plutôt d'algèbre et d'algorithmique que de programmation.

Certes, familièrement, on dit parfois « coder » pour « programmer ». On peut cependant s'étonner de l'usage d'un terme familier dans le titre et le texte d'une loi ; à quand une « proposition de loi sur la protection des poulets » pour évoquer la question de l'usage du flash-ball ?

Non seulement le terme « coder » est familier, mais il peut être péjoratif. Le « codage », c'est en quelque sorte l'étape finale, quand on a bien réfléchi au problème et qu'il n'y a plus qu'à rédiger fastidieusement le programme qui met en œuvre la solution. On parle de « pisser du code » quand le programme à rédiger est long et sans grand intérêt ; on parle de code monkeys (« singes du code ») pour désigner les employés à qui on demande de « pisser du code » sans avoir à montrer grande intelligence ou capacité de conception.

Bref, le mot « code », derrière son sens familier, renvoie à une réalité de simples exécutants subordonnés. Cela ne semble guère ambitieux et semble aller à l'encontre de l'objectif affiché :

« À l’ère du numérique, si nous voulons que nos jeunes passent de simples usagers de l’Internet, à acteur de la société et de l’économie numérique, la compréhension de l’informatique est la clé d’accès au monde numérique et aux opportunités professionnelles qu’il ouvre. »

Expliquer, par exemple, le fonctionnement des moteurs de recherche (par exemple, le PageRank de Google), ce n'est pas un problème de « codage ».

(Accessoirement, on trouve en très grande quantité des « codeurs » bon marché en Inde, en Pologne, en Estonie, en République Tchèque...)