J'en avais entendu parler par des amis, c'est maintenant sorti dans la presse : le jury de l'agrégation de mathématiques n'a pourvu que 275 postes pour 395 ouverts.

On m'a dit que, parmi les candidats, il n'y en avait qu'environ 300 qui savaient refaire des démonstrations simples d'algèbre linéaire de base, comme dim(A+B) = dim(A) + dim(B) - dim(A ∩ B) (précisons qu'il ne s'agit pas ici de se rappeler par cœur d'un point technique ou d'une astuce, mais de retrouver une démonstration correspondant à une intuition géométrique).

Il y a clairement une désaffection pour ce concours... mais l'explication de la présidente de la Société des Agrégés est surprenante :

« Cela peut notamment s’expliquer par la concurrence exercée par d’autres professions plus lucratives, comme la finance et la recherche », avance Blanche Lochmann, présidente de la Société des agrégés. La désaffection pour les sciences est également une piste, tout comme la féminisation de la profession, avance Mme Lochmann : cela dissuade peut-être les hommes, très nombreux dans les filières scientifiques.

Premièrement, la recherche n'est pas une profession spécialement lucrative. Financièrement, il vaut mieux être professeur de classe préparatoire aux grandes écoles, poste auquel on accède en étant très bien classé à l'agrégation, que maître de conférence voir professeur à l'université, ou chercheur au CNRS. La remarque est cependant vrai s'agissant de la finance (ce que l'on constate, par exemple, à l'ENSIMAG ou à l'École polytechnique).

Deuxièmement, en quoi la féminisation d'une profession devrait-elle être un repoussoir ? (Il est vrai que, les journalistes résumant parfois curieusement les entrevues et les positions de leurs interlocuteurs, les propos de Mme Lochmann ont pu être déformés.)

Les vrais repoussoirs ne sont-ils pas, outre les salaires peu élevés (hors prépa), la déconsidération sociale, l'insécurité au travail (allez enseigner en ZEP...), l'administration délirante ?

(Par ailleurs, on peut se demander à quoi sert encore l'agrégation. On envoie des agrégés enseigner en collège, voire en lycée professionnel (oui, je connais un cas) : ils sont surqualifiés scientifiquement (enfin, avec la baisse du niveau des candidats...) et pas forcément pédagogues. Vu ce que j'entends sur les programmes du lycée général, classes scientifiques comprises, ils sont également surqualifiés. De fait, de mon temps déjà (1999), les leçons présentées à l'oral de l'agrégation étaient du niveau maths sup, maths spé, licence ; et encore, celles de certains candidats auraient perdu la plupart des étudiants, hors grandes prépas parisiennes. Bref, le concours n'a aucun rapport avec l'enseignement secondaire normal.)