On connaît les plaisanteries poujadistes sur la recherche scientifique (« des chercheurs qui cherchent, on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche », « je connais un chercheur au CNRS, il m'a dit qu'il valait mieux qu'il ne trouve jamais, afin de conserver son travail »). Celles-ci ne posent guère de problème tant qu'elles émanent de crétins sans influence politique ; elles portent plus à conséquence quand elles sont partagées par de hauts responsables politiques.

Ce qui est assez amusant, c'est que — du moins à ce que j'ai observé depuis près de 20 ans — les chercheurs et futurs chercheurs eux-mêmes ne rechignent pas à expliquer que ce qui se fait dans d'autres domaines que le leur est sans intérêt, mobilise trop de postes, n'est pas de la science, est trop coûteux, ou ne vole pas très haut. Il est vrai que, souvent, il y a derrière ces affirmations une argumentation plus solide que celle des crétins et démagogues ; mais il est clair que certains ont leurs « têtes de Turcs ».

Pour prendre quelques exemples :

  • Vers 1997, des condisciple expliquaient que l'informatique, ce n'était pas de la science. J'ai entendu plus tard le même argument de la part d'autres personnes.
  • Chez les informaticiens, il y a ceux qui considèrent que la science c'est de prouver des théorèmes sur des modèles théoriques pas forcément en rapport avec un quelconque problème se posant vraiment (et donc, selon eux, la grande majorité de la discipline n'est pas de la science), et ceux qui considèrent que les premiers sont des mathématiciens qui jouent à se prétendre informaticiens (moins dur, plus de postes).
  • Vers 2000, un éminent collègue s'étonnait que l'on finançât encore de coûteuses recherches sur le sodium liquide, alors que la filière surgénérateur était arrêtée.
  • Plus récemment, une collègue racontait que lorsqu'elle passait son DEA elle avait des amies en lettres qui comptaient à la main des mots dans des corpus et d'une part s'étonnait que l'on considérât cela comme de la recherche, d'autre part ne semblait pas convaincue de l'intérêt de financer la chose (l'encadrant de l'étudiante est payé en partie pour sa recherche).

Et vous, qu'avez-vous constaté ?