Les revues et autres publications scientifiques imposent souvent un nombre maximal de page par communication (ou facturent cher les pages supplémentaires). On justifie habituellement cette pratique par le coût de l'impression, de même que pour les restrictions ou surfacturations pour les figures en couleur. Or, en 2014, les publications se font en ligne, là où la couleur et les pages ne coûtent rien.

Je vois une autre raison : les membres de comités éditoriaux et rapporteurs d'article, qui travaillent gratuitement (enfin, prennent les rapports d'articles comme un travail supplémentaire dans le cadre de leur activité de recherche), ne veulent pas avoir à lire des articles trop longs, tout simplement par manque de temps.

De la même façon, on considère qu'il ne faut pas écrire des thèses de doctorat trop longues. Une thèse de 130 pages, c'est normal, une thèse de 400 pages serait un OVNI.

La limitation de pagination a cependant des coûts : d'une part, les auteurs dépensent une énergie non négligeable à tasser la mise en page (parfois en trichant avec le patron fourni par l'éditeur) (*), d'autre part un article tassé, c'est souvent un article où l'on a renoncé à expliquer l'intuition de certains effets, la justification de certaines décisions, où les graphiques sont réduits, bref un article peu lisible et compréhensible.

Il en est de même dans les congrès. En informatique, la règle usuelle est de parler 25 minutes, parfois 20, avec 5 minutes de question. Comme il y a un grand nombre d'interventions à caser dans une durée limitée, on force les orateurs à tenir la durée imposée (c'est là un des rôles des session chairs : faire comprendre aux bavards qu'il faut laisser la place). Je suis encore tout étonné que l'on m'ait confié un tutoriel de 3h pour la grande conférence de logique à Vienne cet été !

Il est intéressant de comparer les usages entre disciplines. En lettres, sciences humaines et sociales, je vois justement passer des thèses de 400 pages, et j'entends parler d'interventions de 2h en colloque. Le style de rédaction est différent : là où en informatique on se contenterait de résumer en une phrase et d'ajouter (45) pour dire d'aller voir dans la référence 45 pour plus de renseignements, voire, si l'on est généreux, (91, ch. 5) pour indiquer où regarder plus précisément, la pratique semble plutôt être de nommer les auteurs et de les citer in extenso (de la même façon que, si j'ai bien compris, les intervenants en colloques de sciences humaines lisent leur texte, tandis que dans un colloque d'informatique on parle sans notes, mais avec un support visuel). Je pense que cette déférence envers le texte original est un trait qui différencie les sciences humaines des sciences exactes.

À mes lecteurs : comment cela se passe-t-il chez vous ? Qu'en pensez-vous de ces questions ? Quels changements suggérer ?

(*) Grande discussion scientifique de ce matin avec un co-auteur d'Oxford : pourquoi notre article fait-il 16 pages chez lui (15 + 1 biblio) et 17 chez moi ? Le coupable : le colonel Moutarde avec la mauvaise version de PdfLateX la non-regénération du graphe de courbes expérimentales en plus petit chez moi.