Un argument revient souvent chez les étudiants qui ignorent une notion alors qu'ils ont suivi un cours portant dessus : « c'était il y a longtemps ». Pour eux, « longtemps » peut vouloir dire « au semestre précédent ».

Je dois avouer que j'oublie moi aussi des choses. Par exemple, comme je ne fais pour ainsi dire pas d'analyse (au sens mathématique), j'ai oublié ce que sont les espaces réflexifs, la topologie faible-étoile, etc. Il faut dire que j'ai vu cela il y a 20 ans, et pour la dernière fois au moment de l'agrégation il y a 15 ans... Plus généralement, j'oublie ce dont je ne me sers pas (tout en conservant en mémoire une quantité impressionnante de détails inutiles, comme la composition de certains groupes de musique populaire au cours du temps). J'oublie les preuves des théorèmes que je me contente d'utiliser et qui ne sont pas le cœur de mon domaine d'activité (p.ex. je me rappelle que l'inférence de type du système F est indécidable par réduction depuis l'unification du second ordre, mais comment, ça...). Pour autant, oublier 6 mois après au motif que c'est « vieux »...

Il serait tentant de fustiger la déliquescence des mœurs et la débilisation progressive de la jeunesse ; mais, malgré certaines similarités, je ne suis pas mon émérite camarade Alain Finkielkraut. Je me demande donc : dans les années 1960, les étudiants expliquaient-ils aussi aux professeurs que « c'était il y a longtemps » ?