Le regard de ceux qui ont longtemps vécu ailleurs est précieux : il permet de pointer l'absurdité ce à quoi nous nous sommes habitués.

Deux collègues venus respectivement de Suisse et de Nouvelle-Zélande décrivent ainsi le système français : on prélève énormément d'argent (notamment par d'importantes cotisations sociales) puis on en redonne une partie, mais à chaque fois il faut remplir un formulaire, ou il y a des conditions compliquées, et il faut connaître la procédure et celle-ci est compliquée pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude du pays (par exemple : on peut obtenir un tarif réduit de cantine mais il faut remplir un formulaire disponible dans tel bureau, on peut obtenir un remboursement partiel d'abonnement de transports mais il faut remplir un formulaire disponible dans tel bureau, on peut obtenir une aide pour se loger mais il faut démarcher la CAF et on l'obtient longtemps après). Leur argument : ne perdrait-on pas moins de temps si, tout simplement, on payait cet argent aux travailleurs au lieu de le prélever, et ceux-ci achèteraient les biens et services dont ils ont besoin ?

Plusieurs employés venus de l'étranger m'expliquent ainsi qu'ils se sentiraient mieux en recevant l'argent de leur salaire, plutôt que celui-ci parte dans des circuits mystérieux afin de leur procurer des droits plus ou moins illusoires et typiquement accessibles après moult procédures, des exigences incohérentes, etc. (rien que l'inscription à l'assurance maladie est un gymkhana).

J'allais défendre le système français de protection sociale... mais je repensais à ce courrier reçu hier, me réclamant un virement ou un chèque d'une soixantaine d'euros de cotisations sociales supplémentaires sur des vacations payées en 2010, alors que l'organisme en question doit m'en payer cette année (de sorte qu'il pourrait les prélever directement).

Il conviendrait que nous réfléchissions non pas en terme de l'opportunité de telle ou telle dépense sociale (regardons les contorsions pour ne pas appliquer la loi sur l'accessibilité pour les handicapés : la honte n'étouffe pas certains !), non pas en termes de « fraudeurs » ou d'« assistés », mais en terme de complexité et de coûts de traitement. Pensons aux coûts administratifs de la gestion de tous ces prélèvements et versements dans tous les sens, pensons au temps perdu et au stress des travailleurs indépendants et les PME avec l'URSSAF, pensons au temps perdu et au stress des administrés pauvres qui doivent remplir formulaire sur formulaire. Je passe sur les CAF qui mettent leur nez dans la vie privée des gens pour savoir s'ils sont colocataires ou concubins (certaines allocations sont moins élevées dans le second cas).

C'est notamment pour cela que j'ai de la sympathie pour le « revenu de base » inconditionnel : au moins, c'est simple.