Une petite remarque liminaire. Je tiens ce modeste blog à titre personnel, sur mon temps libre. Ce que j'y publie n'a pas le caractère d'un travail ou d'un cours universitaire, et n'a d'ailleurs aucune prétention à l'être — que j'y traite de sujets de société, d'informatique (science), d'informatique (technologie), de politique universitaire, ou (en toute modestie) de philosophie des sciences. Ceci a plusieurs implications :

  1. Je me permets des raccourcis, des réflexions un peu osées que je ne mettrais pas dans un article universitaire et encore moins dans un cours, ou quoi que ce soit que je produis ex cathedra.
  2. Je ne fais pas un « état de l'art » avec bibliographie, comme je le ferais dans un article. Si je regarde mon dernier article scientifique publié, je compte 41 références bibliographiques, ce qui représente non seulement un temps important de lecture et de compréhension mais aussi un temps non négligeable de rédaction de la bibliographie. Je ne peux tout simplement pas me permettre cela pour un billet rédigé sur mon (maigre) temps libre.

Autrement dit, en l'espèce, je publiais quelques réflexions sur la nature de la recherche scientifique sans prétendre à une quelconque nouveauté de pensée, une quelconque profondeur, ou à avoir une qualification spécifique en la matière, au delà bien sûr d'une certaine expérience de la recherche scientifique.

Venons-en au « tais-toi ».

J'ai quitté le réseau social Twitter parce qu'une (?) parfaite inconnue m'avait dit de me « la fermer ». Là, quelqu'un que je ne connais pas me tutoie et me dit (enfin non : fait mine de me dire, devant la galerie, sans avoir le courage de laisser un commentaire ou de m'envoyer un mail), certes moins grossièrement, de me taire. On peut conjecturer que ces deux personnes n'agiraient pas ainsi « en direct » : l'anonymat, le sentiment d'impunité, permettent des comportements qui, en d'autres circonstances, seraient inhibés. Twitter conjugue l'immédiateté de l'oral, la permanence de l'écrit, et l'intermédiation qui déshumanise — et les gens y osent ce qu'ils n'oseraient jamais face à face.

Pour tout dire, je pense qu'il y a une certaine enflure de l'ego à prétendre dicter aux autres ce qu'ils ont le droit ou non de dire, et une certaine incohérence à lire un blog (gratuit et sans prétention) pour ensuite se plaindre de son contenu. Qu'un enfant de deux ans donne des ordres à un adulte, cela fait sourire, quand c'est un parfait inconnu, cela relève de la grossièreté.

Ce n'est pas que je répugne à recevoir des critiques. On m'a même parfois dit amicalement que je devrais censurer certains commentateurs plutôt que de les laisser s'exprimer, que je perds mon temps à leur répondre. Toutefois, une critique suppose un argument, quand bien même celui-ci serait-il vexant. C'est aussi pour cela que je considère que Twitter est inadapté à une discussion de qualité : en 140 caractères, on peut certes formuler une pique, mais on ne peut pas argumenter.

Si je racontais des âneries en cours, si je rédigeais sur mon temps de travail des ouvrages médiocres et que je me fasse inviter à les présenter comme s'ils étaient de remarquables réflexions intellectuelles, si je publiais des énormités en excipant de mes titres universitaires, si je diffamais, si j'insultais, si je profitais indûment d'un accès privilégié aux médias, je comprendrais que l'on m'en tienne rigueur. Là, pardonnez-moi cher(e) anonyme, mais je pense que vous devriez surtout vous demander ce que vous faites ici. Ôtez ce blog de votre flux RSS, mettez-le dans une liste d'URL bloquées, que sais-je encore... (*)

J'ai souvent lu cette critique contre les scientifiques « exacts » qu'ils manqueraient de réflexivité, de réflexion à l'égard de leurs propres pratiques, ou des conséquences sociales de celles-ci. L'expérience me montre pourtant que faire preuve de cette réflexivité (comme dans le billet cité), ou s'interroger sur les interactions politiques et sociales de son champ d'activité, expose à se voir vertement renvoyer à sa cuisine à ses chères études absconses. Injonctions contradictoires : d'un côté, on est étroit d'esprit, de l'autre on sort de son rôle, et à coup sûr on perd.

Pour conclure, je suis régulièrement surpris des réactions hostiles que provoque parfois ce blog. Curieusement, ce n'est pas quand je parle de politique ou autre sujet réputé sensible que je suscite les réactions les plus énervées (les pires réactions que j'aie obtenues portaient sur... Wikipédia) ; mes lecteurs pourraient-ils me fournir un semblant d'explication ?

(*) Si malgré tout vous avez une addiction qui vous pousse à me lire même si vous trouvez ça nul, vous pouvez aussi m'envoyer votre adresse IP, je dois pouvoir faire un .htaccess pour vous bloquer !