Je suis toujours surpris par le décalage entre la réalité budgétaire et ce que s'imaginent certains de nos concitoyens — pas forcément d'ailleurs les moins éduqués (*).

Je lisais les commentaires sur je ne sais quel site d'information, sous un article traitant du budget de la recherche. Une personne, visiblement de la tendance luddite, expliquait que la recherche scientifique avait atteint son point d'inutilité, ne produisait plus grand chose de socialement utile, et que son budget devrait donc être attribué aux aides sociales.

Nous pouvons bien sûr discuter de l'utilitarisme de cette personne — par exemple, quelle est selon elle l'utilité de la recherche sur les manuscrits de la Mer Morte ? Mais il s'agissait visiblement de critiquer la recherche scientifique en l'assimilant à une « technoscience » néfaste, produisant au mieux des gadgets, au pire des pollutions. Comme on m'a dit récemment : nous avons besoin de poésie, et non de défibrillateurs (il est vrai que quand quelqu'un meurt à 28 ans d'une crise cardiaque, on a peut-être besoin de poésie pour supporter le choc).

Toutefois, voyons les chiffres. Le budget de la recherche est de l'ordre de 7 milliards d'euros par an, celui de l'enseignement supérieur d'environ 13 milliards; l'enseignement supérieur a une mission d'enseignement et une mission de recherche, estimons donc sa part recherche à 7 milliards. Soit 14 milliards (je ne compte pas le Crédit impôt recherche, qui est une dépense fiscale dont l'imputation effective à des activités de recherche scientifique est douteuse).

Par comparaison, le coût total du RSA est de l'ordre de 10 milliards d'euros, celui des aides personnelles au logement de l'ordre de 16 milliards d'euros. Le budget total des prestations sociales est de l'ordre de 600 milliards d'euros.

Autant dire que l'on pourrait fort bien fermer la recherche publique sans pour autant que les économies à court terme ainsi réalisées permettent de changer sensiblement les aides sociales en France.

Il est certes vrai qu'en France, il est difficile d'obtenir ce genre de chiffres, vu que les circuits financiers sont excessivement compliqués et que les principaux sont masqués — par exemple, on discute toujours de l'impôt sur le revenu, car celui-ci nécessite déclaration et paiement actif, tandis qu'on parle moins de la TVA et des cotisations sociales, que le contribuable ne paye pas directement.

(*) J'ai dû déjà évoquer ici le cas de ce célèbre sociologue qui ne tenait visiblement pas compte des cotisations sociales dans son estimation du coût annuel d'un doctorant.