C'est sans doute triste, mais il est parfaitement possible de réussir à l'université, d'être recruté enseignant dans le secondaire, voire dans le supérieur, en étant parfaitement ignorant de ce qui sort d'un domaine assez étroit. Prenons quelques exemples concrets.

Ma professeure d'histoire et géographie en classe de cinquième avait besoin de poser au tableau des additions très simples (du style, 22+15) pour arriver à calculer leur résultat, alors que ses élèves étaient censés pouvoir faire une pareille addition de tête. Plus grave, mon professeur d'histoire et géographie en classe de première avait du mal à distinguer les progressions géométriques (bref, les intérêts composés) des progressions arithmétiques (les intérêts non composés). Difficile dans ces circonstances de commenter l'expansion démographique ou la dette publique...

Lorsque j'ai passé l'agrégation de mathématiques (1999), on pouvait parfaitement réussir celle-ci en ignorant tout de la logique mathématique et en étant quasi ignorant des probabilités, ces branches des mathématiques n'étant à l'époque pas au programme des classes préparatoires, si ce n'est quelques résultats de dénombrements (je suis de même assez ignorant en statistiques). Quant à l'enseignement des mathématiques « appliquées », par exemple destinées au calcul numérique, certains enseignants racontaient des choses qui étaient sans doute vraies en 1980, mais qui étaient alors dépassées.

Il est possible de faire une thèse d'informatique en ne sachant pas programmer et encore moins faire des applications Web, ce qui doit cependant constituer la majorité des applications industrielles de l'informatique. Il est également possible d'être professeur des universités en informatique et d'ignorer des résultats théoriques de base sur les automates finis, ou d'ignorer comment fonctionne concrètement un ordinateur personnel.

Tout ceci pour expliquer mon scepticisme quand j'ai affaire, comme cela m'est arrivé, à des gens qui m'affirment qu'ils sont professeurs (du secondaire) en philosophie, donc, de ce fait, peuvent valablement s'exprimer sur l'histoire ou la politique ; ou encore, maître de conférence en anglais et civilisation américaine, donc peuvent juger de théories pédopsychiatriques. Je ne veux bien entendu pas dire qu'il est impossible qu'un enseignant d'anglais ait des connaissances en pédopsychiatrie, juste que cela est loin d'être garanti par sa formation et par les procédures de recrutement de l'enseignement supérieur.