Je lis ici :

[François Fillon] préconise par ailleurs que « tous les élèves vivent un moment de stage long, de 3 semaines en entreprise en classe de 5ème. Les jeunes Allemands le font, nous pourrions aussi mettre en place cette formule », plaide-t-il. Son idée étant de développer le goût de l'entreprise, qui est une véritable obsession au sein de la droite française.

Pour autant que j'en sache, le stage d'observation d'une semaine en 3e est déjà un problème, parce que les entreprises ne savent pas très bien quoi faire des élèves et que leurs employés ont autre chose à faire que de s'occuper d'eux.

D'après ce site :

Le collégien peut effectuer des petites activités variées sous surveillance et correspondant aux travaux légers autorisés aux mineurs par le Code du travail. Cependant, il est strictement interdit que les mineurs travaillent sur des appareils, machines ou produits dangereux (outils tranchants, poulies, gros engins, produits nocifs, etc.).

Autrement dit, il y a déjà un bon nombre de secteurs d'activité où tout ce que l'on peut faire d'un tel stagiaire, c'est le mettre dans un coin en lui demandant de ne rien toucher de peur qu'il ne casse quelque chose ou (pire) qu'il ne se blesse. J'ignore d'ailleurs quelles sont les conditions légales d'encadrement et de responsabilités.

Quant à moi (vous me direz, je ne travaille pas dans une entreprise, mais mettons que je sois chez Microsoft Research, chez MathWorks ou chez Argosim), je ne vois pas ce que je pourrais donner à faire au stagiaire, à part si je tombais sur la perle rare qui soit un tant soit peu calme, responsable, et surtout amateur de programmation.

Que penser donc d'un stage de 3 semaines obligatoire en 5e ? On nous dit « les allemands le font », mais je me méfie de ces affirmations péremptoires sur ce qui se passe à l'étranger (quand j'ai la possibilité de vérifier, je m'aperçois parfois qu'il s'agit d'inventions ou du moins de grossières déformations).

Sinon :

« « Je propose que les trois quarts du temps scolaire en primaire soient consacrés à l'apprentissage des matières fondamentales. Ce terme englobe à mes yeux la maîtrise de la langue, les mathématiques et l'anglais. »

J'ignore ce que font exactement les enfants en primaire actuellement. De mon temps (et selon mes souvenirs), je faisais du français, des mathématiques simples, de l'écriture, de l'histoire et de la géographie, pas d'anglais, un vague soupçon d'informatique et un peu de musique et de dessin. D'ailleurs, à la lecture des horaires officiels, on constate que nous sommes déjà à 60% du temps scolaire CE2, CM1, CM2 occupés par le français, les mathématiques et (peu) l'anglais,

Je ne vois pas très bien ce que M. Fillon compte supprimer : peut-être l'histoire et la géographie ? Mais il a été premier ministre d'un président qui voulait que chaque enfant d'école primaire adopte la mémoire d'un petit déporté ! Ou la technologie ? Pour quelqu'un qui prétend développer l'esprit d'entreprise, c'est un peu incohérent.

Enfin, je relève qu'il parle de l'enseignement de « l'anglais » à l'école primaire, alors que c'est son parti qui a fait voter la loi Toubon et que ce sont des députés de son parti qui ont protesté le plus bruyamment contre la modeste tentative de la ministre Fioraso d'autoriser officiellement les enseignements en anglais à l'université.

Et pour finir, une perle :

« Je souhaiterais qu'on instaure une part de contrôle continue »

On a l'impression que M. Fillon s'adresse à un public qui croit sérieusement qu'à l'école primaire, on baguenaude (ou peut-être on enseigne à temps plein la « théorie du genre ») et que des enseignants trotskystes dégoûtent les enfants de l'entreprise. Il serait sans doute intéressant de faire une étude des fantasmes dans la droite française. Il est vrai que les militants détestent souvent les faits...

(Dans les commentaires du Monde, par exemple : « Des centaines de milliers de prof qui n ont jms vu un élève de leur vie, des écoles qui sont devenus des centres de rééducation pour la gauche, la manipulation éducative des jeunes,... Il faut que ça change ». Je me demande s'il n'y a pas une thèse à faire sur la corrélation entre troubles mentaux et propension à l'usage des points de suspension.)