On me rapporte des propos tenus par la députée Sandrine Mazetier sur un réseau social  :

Des universitaires qui prétendent choisir par pétition leur futur secrétaire d'État, c est juste l'inverse de la République. On devrait proposer à leurs étudiants de faire la même chose.

Mme Mazetier reproche comme contraire à la république le fait pour les universitaires de s'opposer à la nomination d'une certaine personne comme leur ministre (ou secrétaire d'état) de tutelle. Dans une république démocratique, ce n'est pas à une administration à désigner ses hauts dirigeants, mais au peuple ou du moins à ses élus. Bref, selon le raisonnement de Mme Mazetier, dès lors que le peuple a élu François Hollande pour 5 ans, les universitaires doivent admettre les nominations que celui-ci prononce, et s'abstenir de revendications qu'elle considère visiblement comme corporatistes.

À ceci, Mme Mazetier ajoute une plaisanterie quelque peu facile et que certains soupçonneraient de poujadisme. Je précise au passage que je ne me sens pas visé : non seulement je n'ai pas signé la pétition, mais mon emploi d'enseignant à l'École polytechnique est un emploi contractuel à durée limitée, les étudiants remplissent des questionnaires d'évaluation à chaque cours, et l'École aurait pu ne pas renouveler mon contrat en cas d'évaluations trop négatives !

À entendre Mme Mazetier, le fait que M. Hollande et les députés PS aient été élus valent blanc-seing sur tout sujet pour cinq ans ; pétitionner contre les décisions de ces élus seraient anti-républicain. Curieusement, l'attitude du PS était toute autre quand celui-ci était dans l'opposition.

Il me semble bien que lorsque l'UMP gouvernait, le PS

  • Expliquait qu'il fallait que les régions et autres collectivités locales soient au PS, afin de « résister » à la politique de la droite — droite pourtant démocratiquement élue pour appliquer un programme de politique nationale.
  • Soutenait les luttes des enseignants, étudiants et autres groupes mécontents de la politique gouvernementale.
  • Protestait contre diverses nominations, y compris pour des postes secondaires : par exemple, en s'associant à un syndicat de directeurs de théâtres, contre la nomination d'un auteur comme directeur de théâtre. Curieusement, le PS trouvait alors parfaitement normal qu'une corporation prétende choisir par pétition un responsable, en lieu et place du pouvoir chargé de le nommer.

Là encore, nous nous trouvons face au gouvernement ordinaire de la Ve République : la majorité estime normal de faire ce qu'elle veut et rejette comme corporatistes et anti-démocratiques les protestations. C'est un peu le symétrique des réactions indignées des « manifs pour tous », découvrant (une fois n'est pas coutume, pour des gens de milieux favorisés) ce que cela veut dire qu'un gouvernement qui ne tient pas compte de votre opinion.