La discussion portait sur la proportion des femmes parmi les chercheurs scientifiques (de l'ordre de 33% au CNRS... ce qui est tout de même plus que chez les députés, 26,9% !). Un sociologue pontifiait en proposant des mesures énergiques : mettre des quotas paritaires aux concours !

Une telle mesure lui coûterait rien, puisque, à son point de carrière (directeur de recherche), il n'avait plus de concours à passer et ne pourrait donc être lésé. (*) Qui plus est, dans une discipline avec une bonne proportion de femmes parmi les jeunes docteurs, il n'aurait guère de difficulté à atteindre le quota demandé s'il devait être membre de jury.

Je trouve toujours amusant que l'on se donne une apparence de progressisme et de largesse d'esprit en promouvant des mesures pour lesquelles on n'a à faire aucun effort, aucun sacrifice, ceux-ci reposant entièrement sur les autres. Curieusement, ce monsieur, directeur de laboratoire, n'a pas parlé de renoncer à cette fonction pour qu'une chercheuse puisse prendre sa place ! On voit la limite de la posture quand il s'agit de passer aux actes...

Plus profondément, les mesures globales type « quota » semblent ignorer que le déficit de recrutement de chercheuses provient en bonne partie de l'amont : manque de doctorantes dans certaines disciplines, qui lui-même vient en bonne partie du manque d'étudiantes dans certaines filière, etc., avec 15% de jeunes femmes en prépa scientifique, donc venant de choix faits au lycée et découlant probablement d'orientations prises antérieurement. On ne peut pas magiquement créer 50% à partir d'un vivier à 15%, d'autant que sur certains concours aucune femme ne se présente.

Par ailleurs, il n'y a guère de sens d'introduire des quotas si ce n'est pas en prenant soin également d'en finir avec les exigences déraisonnables de « mobilité », qui vont à l'encontre de la vie de famille ; sauf à avoir cette idée, que certaines vieilles professeures défendent, que « de toute façon, pour faire carrière, il ne faut pas avoir d'enfants ». Enfin, relevons comment les « grandes idées » font abstraction de certaines réalités pratiques : ici, comment assurer 50% de réussite quand le recrutement se fait par des dizaines, voire des centaines de petits concours jugés séparément, chacun avec quelques places ; s'abstraire de l'« intendance » est un luxe hypocrite.

Il me semble bien plus pertinent, si on s'intéresse à ces questions, de lire par exemple cet interview de mon éminente et émérite collègue Michèle Vergne, qui décrit précisément des travers dans lesquels il est facile de tomber.

(*) Il est possible qu'il envisageait aussi des quotas pour les promotions de grade ; j'ignore s'il est directeur de 1e ou 2e classe.