Les gens n'aimant pas être contredits, je ne leur ai pas fait observer que, quitte à kidnapper les enfants, il est sans doute plus aisé de le faire dans la cohue d'une foire quelconque plutôt que dans un lieu gardienné et avec des portails d'entrée et de sortie que l'on peut contrôler (j'ignore si Disneyland a des caméras de vidéosurveillance, mais je parie que si). Qui plus est, pourquoi spécifiquement des organes d'enfants (il me semble que la majorité des besoins de greffe concernent des adultes) ? Et pourquoi irait-on les prendre dans un pays développé, avec une police assez bien dotée et où il sera difficile de trouver une clinique illégale, alors qu'il y a des pays pauvres où la corruption règne ?

Je me suis contenté de rappeler l'existence de rumeurs persistantes selon lesquelles des dealers distribueraient des timbres au LSD aux enfants afin de les accoutumer aux drogues, rumeurs dont je pensais que la plupart des gens ne les trouveraient pas crédibles. Cela n'a pas empêché une dame de l'assistance de dire que ces rumeurs sont vraies, car cela permet aux dealers de rendre les enfants accro (outre qu'on ne rend pas « accro » au LSD, est-il plausible que les parents ne se rendraient pas compte d'enfants ayant des crises d'hallucinations, comment ces enfants se paieraient-il de la drogue, bref, quel intérêt pour les dealers).

Il y a quelques mois, un personnel m'a rapporté la rumeur suivante : des adolescents disparaîtraient aux arrêts d'autobus du Grésivaudan, c'est-à-dire la vallée de l'Isère au nord-est de Grenoble... mais on n'en parle pas ! Or, cette vallée a une population plutôt riche (ingénieurs d'Innovallée), dont on peut se douter qu'ils auraient les capital tant financier que culturel pour faire un scandale et forcer des enquêtes et des poursuites en cas de disparition mystérieuse. C'est une configuration assurément différente de celle des disparues de l'Yonne, qui étaient des jeunes filles déficientes mentales légères, dont la disparition pouvait être facilement mise au compte d'une lubie. Ce personnel croyait pourtant à la rumeur, qu'il avait entendue on ne sait où.

Autant dire qu'une bonne partie de la population, y compris ayant fait des études universitaires, est crédule et prompte à donner crédit à des récits peu plausibles rapportés par des inconnus. Surtout quand il s'agit des enfants.