Mes lecteurs l'ignorent sûrement, mais j'ai un hobby quand je voyage dans les pays catholiques : en visite dans les églises et musées d'art sacré, j'essaye de reconnaître les saints. Je me familiarise avec les « régionaux de l'étape ». J'observe les variations d'attributs à travers les époques et les lieux, par exemple comment le robuste militaire Sébastien est devenu un jeune éphèbe au regard plaintif.

Je pense qu'il n'y a nulle christianophobie à observer le caractère macabre (voire morbide) du catholicisme. Bien sûr, le christianisme est fondé sur le mystère de la Passion, c'est-à-dire d'une mort cruelle et douloureuse. De la vie de la plupart des saints martyrs, on retient également les tortures subies et la mise à mort. Pour les autres saints, on retient souvent des souffrances, des mortifications, des stigmates. L'iconographie met l'accent sur les souffrances et les miracles : le symbole du christianisme est une croix, les martyrs sont identifiés par des attributs rappelant les instruments de leur torture ou les parties du corps amputées.

On m'objectera que ceci est certes vrai de l'iconographie médiévale, mais qu'il ne s'agit pas de la vision catholique contemporaine. En France, peut-être ; mais il suffit de pénétrer dans les églises sud-américaines (Brésil, Bolivie, Pérou...) pour trouver des tableaux, des cires, récents et pourtant sanguinolents. Une collègue (non chrétienne), pénétrant dans l'annexe d'une église brésilienne emplie de statues de saints torturés aux regards exorbités n'a pu s'empêcher de faire remarquer l'impression d'un asile d'aliénés... (*)

De même, est-il christianophobe de faire remarquer l'implausibilité des interventions religieuses ? Après tout, les chrétiens rejettent la croyance musulmane en l'envol miraculeux de Mahomet sur une monture ailée ; ce rejet relève-t-il forcément de l'islamophobie ?

Une bonne part de l'œuvre en ligne de Gilles Roussel porte sur la confrontation de sa personnalité actuelle d'adulte réaliste et ses personnalités passées d'enfant ou d'adolescent. Il est parfaitement compréhensible qu'il désire porter son regard d'adulte sur ses ouvrages de catéchisme.

Bref, que cette bande dessinée ait été un peu grossière, facile ou maladroite, soit ; mais christianophobe ?

(*) Il y a une scène similaire dans la bande dessinée Le chat du rabbin, de Joann Sfarr : un vieux rabbin s'abrite dans une église et est horrifié des images qu'il y voit.