(Thème, d'ailleurs, pas franchement nouveau : voir d'innombrables dessins de Cabu confrontant le « Grand Duduche » au beauf à moustache.)

Pareilles mentions publiques permettent à la fois de renforcer les connivences entre ceux qui se réclament des mêmes progressismes, d'attirer la compassion, et de rappeler publiquement son attachement à certaines valeurs éthiques ou sociales.

Je ne peux néanmoins m'empêcher, à la lecture de pareils propos, de penser qu'il n'y a en France aucune obligation de se rendre aux fêtes de famille et que la meilleure façon d'atteindre la quiétude dans ces circonstances est tout simplement de ne pas y assister.

Poussons un peu le raisonnement. On peut bien sûr comprendre qu'une personne puisse avoir envie de fréquenter une partie de sa famille, sans pour autant vouloir la fréquenter toute (on peut vouloir voir la tata Nicole sans son mari le gros beauf tonton William, etc.), ou apprécier certains de ses membres malgré leurs défauts. Ceci n'explique cependant pas le désir de faire état publiquement de ces petites difficultés privées.

Il me semble qu'une explication de ce phénomène, outre le désir de connivence, de commisération et de rappel des principes militants, doit faire intervenir les présupposés sociaux. Selon la sociologie bourdieusienne, dont les principes sont largement partagés dans les milieux « progressistes », nous sommes très largement façonnés par les attentes et habitudes de notre milieu social et familial et plus généralement de la société. Notre liberté individuelle n'est donc que très relative. Dans ces circonstances, dans une société où l'on attend tout individu dont la famille est plus ou moins d'origine chrétienne qu'il se rende à Noël dans celle-ci et échange des cadeaux selon les meilleurs principes consuméristes, il est tentant de présenter ceci comme une obligation, à laquelle on va à contrainte. Une approche libérale serait de considérer qu'il y a un choix à aller ou non passer Noël en famille, choix qu'un adulte responsable doit pouvoir assumer.

Dans La Guerre des Boutons, Louis Pergaud évoque la peur que le curé ne s'aperçoive de ses farces d'un adolescent affichant des sentiments anticléricaux, mais allant communier « pour faire comme tout le monde ». Anticonformiste, oui, mais pas trop.