Rappelons les faits suivants à propos de la langue anglaise et du chinois (ou, plutôt, de sa variété dite en occident « mandarin », ou putonghua, c'est-à-dire la variante du chinois que le gouvernement de la République populaire de Chine promeut comme langue nationale).

La langue anglaise est très voisine de la langue française. Une bonne partie de son vocabulaire est du français un peu ancien avec une orthographe éventuellement un peu différente et une prononciation bizarre. Sa grammaire ne surprend guère ceux qui parlent des langues d'Europe occidentale, et est d'ailleurs très simple comparée à celle de l'allemand ou du français (pas de déclinaisons, peu de conjugaisons, une quantité limitée de constructions irrégulières...). Seule sa prononciation est un peu pénible, puisque les voyelles sont assez irrégulières. Le vocabulaire en est très riche, en raison notamment de doublons d'origines française et germanique.

Le chinois n'a rien à voir avec le français et, à mon avis, son apprentissage est considérablement plus difficile pour un francophone de naissance.

La prononciation est très différente : comme le vietnamien, il s'agit d'une langue tonale, un « a » prononcé avec une intonation ascendante n'est pas considéré comme le même qu'un « a » prononcé sur une intonation constante. Par ailleurs, il y a une grande richesse de consonnes, notamment de chuintantes. C'est absolument redoutable pour un français, considérablement plus que l'anglais.

L'écriture est parfois dite « idéographique ». Il y a des milliers de caractères, chacun ayant une prononciation monosyllabique (mais il y a des homophones) et un sens. Il existe par ailleurs des mots composés dont le sens ne peut pas forcément se déduire directement de celui des composantes ; ainsi « attention » (comme dans « attention, sol mouillé ») s'écrit 小心, mot-à-mot « petit cœur ». Les décompositions et associations d'idées n'ont rien à voir avec celles du français.

Autant dire que l'apprentissage du chinois, dans un pays où produire une phrase approximative en anglais est déjà difficile pour bon nombre de lycéens, semble irréaliste. Les élites chinoises ne s'y trompent d'ailleurs pas : dans ce pays, l'anglais est considéré comme la langue pour communiquer avec les étrangers.