Un personnel technique nous pose cette question : comment, dans un laboratoire où travaillent des personnes de nationalités (ou de nationalités d'origine) entre lesquelles existent existent des conflits (p.ex. Pakistan vs Inde, Israël vs Palestine), gérer ceux-ci ?

Ma réponse est simple : éviter les discussions politiques.

Il peut paraître désolant que dans un lieu de travail intellectuel comme un laboratoire de recherche, on doive éviter certains sujets. Il me semble cependant que c'est la meilleure façon de faire, notamment en raison des inégalités de statut présentes au laboratoire.

Lorsqu'il y a discussion ou polémique, je suis attaché à un certain fair-play. Par exemple, je n'aime pas quand un(e) internaute inconnu(e) se permet des remarques ad hominem sur un quidam identifié. Je n'aime pas quand une personne ayant accès aux médias se permet de pourrir une personne qui n'y a pas accès. Je n'aime pas quand un supérieur hiérarchique pérore politique devant ses subordonnés, qui n'osent en placer une.

Autrement dit, une discussion où il y aurait d'une part, disons, un directeur de recherche ou un professeur des universités, d'autre part un personnel CDD dont le financement dépend de l'interlocuteur, ne me paraît guère équilibrée. De même, je n'apprécie pas quand un personnel « senior » fait des remarques moqueuses, devant des personnes qui ne peuvent qu'acquiescer ou ignorer.

Il m'est arrivé de dîner avec un réfugié palestinien (professeur aux États-Unis) et un chercheur franco-israélien ; nous étions tous des personnels « senior » (même si je suis sensiblement plus jeune que les deux autres convives). Nous avons alors abordé les sujets qui fâchent (enfin, les deux autres : je me suis plutôt contenté d'écouter). Je pense que pareille discussion à bâtons rompus étaient impensable devant une machine à café.

Par ailleurs, je n'ai de toute façon aucune envie que nous ayons à « gérer » des querelles sans lien avec le travail. Les militants de tout bord ont une fâcheuse tendance à donner des ordres aux autres ou à leur expliquer ce qu'ils doivent penser, dire, ou ne pas dire. Ne multiplions pas les sources de tension. Ce n'est ni le temps ni le lieu.

Bref, ne parlons pas politique. (*) Il existe des blogs et des forums pour cela. (**)

(*) Sauf sur les sujets consensuels : on peut par exemple s'insurger contre les attaques racistes dont est victime Mme Taubira. L'utilité d'une discussion où tout le monde est plus ou moins d'accord est de renforcer la cohérence du groupe.

(**) En réalité, la discussion via les blogs et forums est également très difficile. Devons-nous en conclure, à la Wittgenstein, qu'il ne faut pas parler politique tout court ?