L'écrivain Frédéric Beigbeder, co-signataire d'une pétition contre la pénalisation des clients de prostitué(e)s, se plaint des réactions que celle-ci a suscitées :

J'avais sous-estimé la violence d'Internet. J'assume sans problème de susciter la vindicte des haters, d'un Web qui semble avoir été créé pour permettre à tous les aigris du monde de se donner la main.

Frédéric Beigbeder reprend là une complainte maintes fois entendue ces dernières années : celle de l'homme (ou parfois de la femme) habitué à avoir accès à des médias complaisants, qui estime avoir droit à la parole mais qui s'offusquent que des gens ordinaires, avec moins de relations, puissent également avoir leur mot à dire voire — quelle horreur — ne pas pas être d'accord et le faire savoir.

Quel malheur ce doit être d'être rédacteur en chef d'un magazine, d'être invité dans des émissions de télévision, et de pouvoir placer une tribune dans Le Monde (*) ! Pensez donc, des simples citoyens peuvent ne pas être d'accord avec vous et vous railler, alors que ces ploucs ne sont même pas dignes d'être invités chez Ardisson !

Il y a, certes, sur Internet de déplorables effets de meute ; ne le nions pas. Souvent, le ralliement autour de quelques mots d'ordre tient lieu de réflexion, et l'indignation légitime laisse la place à l'injure la plus grossière. N'est-ce pas là cependant une réaction assez naturelle devant une situation profondément asymétrique et riche de violence symbolique : toujours les mêmes qui parlent, parlent, parlent, et la majorité qui est censée les écouter sans rien dire ? C'est certes la situation du professeur devant une classe ; mais de quelles compétences spécifiques Frédéric Beigbeder excipe-t-il pour s'exprimer sur le sort des prostituées ?

J'ai donc une solution pour ceux qui ont sans cesse la parole dans les grands médias mais se plaignent d'être mal compris, ou encore d'avoir trop de travail pour se documenter sur ce dont ils parlent, pour lire les ouvrages qu'ils critiquent, pour écrire les livres qu'ils signent, etc. : parlez moins et laissez un peu de place aux autres.

Signé : un aigri

(*) J'ai jusqu'à présent placé trois tribunes dans Libération, mais en aucun cas il ne s'agissait d'un pareil plaidoyer pro domo.