J'indiquai récemment à une connaissance l'introduction de Starless de King Crimson comme ayant un son de guitare particulièrement bon. Sa réaction : « je n'aime pas ce son de synthé des années 1980 ». Cette chanson date de 1974 ; ce n'est pas du synthé, mais du Mellotron (et les synthés au sens actuel du terme, à savoir numériques, n'existaient pas). Mais, effectivement, dans les années 1980, les fabricants de synthétiseurs ont tenté de reproduire ce type de sons de « nappe »... (*)

Cette remarque m'a fait l'effet d'un phénomène que j'ai constaté à plusieurs reprises : devant une œuvre ou une technique originale, d'époque, nous sommes parfois blasés en raison du nombre d'adaptations plus ou moins serviles que nous en avons vues. Ainsi, quand je vois un bâtiment du Corbusier, j'ai tendance à penser aux bâtiments universitaires que son style a plus ou moins inspirés (et qui sont loin d'être tous une réussite).

Se peut-il que nous ayons plus de difficulté à apprécier une œuvre datée au motif que nous en avons vu ou entendu un grand nombre dans le même esprit ? Avez-vous d'autres exemples ?

(*) À ce propos, une autre expérience amusante. On m'a indiqué cet enregistrement No more songs par Phil Ochs et je l'aurais daté de moins de 20 ans ; j'ai donc été surpris de lire que Phil Ochs était mort en 1976. Après enquête, il s'agit d'une reprise ; le son sur cet enregistrement de Phil Ochs fait en revanche bien plus daté. C'est difficile de décrire cela objectivement, mais la guitare très réverbérée du premier m'indique un probable traitement électronique (oui, je sais, les réverbs analogiques existaient en 1970, mais il me semble qu'on ne les utilisait pas en folk), tandis que l'orchestration du second (timbales, clarinettes ?) m'indiquerait plutôt de l'ancien.