À deux reprises, des membres de ma famille, parlant de tiers qui étaient allés travailler à l'étranger (Canada, États-Unis...), ont pris soin de m'expliquer, comme s'il s'agissait pour moi d'une nouveauté, que cette personne avait dû demander une autorisation pour cela. J'ai dû préciser que je savais très bien de quoi il s'agissait, que cette autorisation s'appelait un visa et que j'avais moi-même dû en demander à plusieurs reprises. J'ai ajouté que la France exige également des visas pour admettre des étrangers sur son territoire, et que je connais la lourdeur des formalités françaises en tant qu'employeur d'étrangers.

Ce qui est surprenant, c'est que ces membres de ma famille, qui ne sont jamais sortis de France (si ce n'est pour un petit passage en Italie ou Espagne) savaient pertinemment que j'avais été travailler à l'étranger et que je voyage beaucoup pour des raisons professionnelles. Il est donc pour le moins curieux qu'ils aient cru pouvoir m'informer sur les formalités du voyage et du travail à l'international. Ces conversations m'ont amené à soupçonner que ces personnes ignoraient auparavant tout des modalités concrètes du passage des frontières et du séjour légal dans un pays étranger, de sorte que l'existence de visas leur paraissait un fait extraordinaire digne d'être expliqué ; comme si, en quelque sorte, ils croyaient que c'était « open bar ».

Je soupçonne également que, plus généralement, la grande majorité du public ignore ce que cela veut dire que demander un visa pour aller étudier ou travailler dans un pays étranger, ou demander un titre de séjour pour s'y maintenir légalement — que ce soit pour un français allant en dehors de l'Union européenne, ou pour un extracommunautaire allant en France.

J'apprécierais donc que les médias informent un peu le public sur les mécanismes concrets de l'immigration, les chiffres, les statuts. Gageons qu'au lieu de cela, on continuera avec des polémiques sans intérêt sur « l'identité nationale », des anecdotes (ah, l'affaire Leonarda !) et des statistiques inventées par des politiciens et des chroniqueurs.