Une analogie assez parlante pour ceux qui ont joué à des jeux informatiques (et dont je ne retrouve plus la source) est celle des « niveaux de difficulté » lors de la création d'un personnage. Il n'est pas impossible de gagner avec un personnage aux capacités faibles et objet de l'hostilité de la plupart des êtres rencontrés, mais en tout cas c'est bien plus difficile que de gagner avec un personnage fort, en bonne santé, et bien accueilli. Une différence, toutefois : dans un jeu, il est possible de redémarrer la partie, notamment une fois que l'on a appris « la bonne façon » de se comporter dans telle ou telle circonstance ; dans la vie, il n'y a qu'une seule partie et certains mauvais choix sont (quasi) irrémédiables.

En bref, la sociologie nous enseigne que si on est fille d'immigré pauvre, d'une famille où l'on ne parle guère le français, etc., on a plus de chance de finir au RSA qu'un fils de bonne famille. Certains diront « Merci, Captain Obvious ».

Revenons maintenant sur « l'affaire Leonarda ». On a parfois expliqué la grande proportion de français approuvant cette expulsion par une haine raciste et irrationnelle. Il me semble, au regard de la sociologie, qu'il peut s'agir plutôt d'un calcul, certes égoïste, mais parfaitement rationnel (au sens homo economicus) : il s'agit de rejeter les personnes dont le profil indique qu'elles auront une faible probabilité d'accéder à l'emploi régulier (même si elles y étaient autorisées), et une forte probabilité de nécessiter des aides sociales.

En revanche, ce qui est parfaitement irrationnel et improductif, c'est le traitement que la France fait subir aux demandeurs de visas, de titres de séjour, etc. Y a-t-il une raison, même égoïste, à ce que des femmes et des hommes en situation régulière et qui entendent le rester aient à faire la queue la nuit devant une sous-préfecture ?