Or, le racisme est une opinion, selon la définition de ce mot donnée dans le Trésor de la langue française : « Manière de penser sur un sujet ou un ensemble de sujets, jugement personnel que l'on porte sur une question, qui n'implique pas que ce jugement soit obligatoirement juste. »

Par ailleurs, le racisme n'est pas un délit. Le délit auquel il est fait allusion est la provocation à la haine raciale ; cette infraction a été créée par la loi n°72-546 du 1er juillet 1972 (modification de l'article 24 de la loi sur la liberté de la presse). Il ne concerne que les discours ou écrits publics, tels que définis à l'article 23 de la même loi.

Autrement dit, une personne qui tient in petto des opinions racistes, ou qui se contente d'en faire profiter son entourage, ne commet pas de délit.

La nuance est importante. Il fut un temps où, en France, tenir des propos privés mettant en doute la religion dominante pouvait exposer à des poursuites judiciaires ; c'est encore le cas dans des pays considérant le blasphème comme un crime. Il en a été et en est encore de même dans les régimes totalitaires, s'agissant de propos mettant en doute l'idéologie d'État ou les dirigeants. Le qualificatif « totalitaire » s'applique d'ailleurs fort bien à un pouvoir qui, non content de vouloir contrôler l'expression publique des citoyens, fait suivre leurs discussions privées par des mouchards (humains ou électroniques) et les met en demeure de renier leurs pensées.

Bref, le lieu commun cité ci-dessus est mensonger. Pourquoi a-t-il donc du succès ?

Tout d'abord, il s'agit d'une jolie formule. On apprécie de pouvoir faire la morale en quelques mots. Elle satisfait l'entrepreneur de morale, qui a l'impression de marquer un point dans la conversation.

Marquer un point, vraiment ? Le rappel à la loi peut avoir deux sens. Le premier est de susciter la honte chez l'interlocuteur, soit que celui-ci répugne par principe à violer la loi légalement et démocratiquement adoptée, soit qu'il estime cette loi juste. Or, divers mouvements politiques, notamment certains que l'on associe souvent au racisme, considèrent que le système politique français actuel n'est pas démocratique et adopte des lois injustes. Autrement dit, ce rappel, loin de susciter la honte, suscite plutôt chez l'interlocuteur la fierté d'être en quelque sorte un résistant à l'ordre établi.

Le second est de menacer de poursuites. Là encore, si ces menaces ne sont pas suivies d'effet, elles encouragent chez l'interlocuteur le sentiment de son impunité. Si elles le sont, elles peuvent en faire un martyr aux yeux de ceux qui pensent comme lui (rappelons qu'ils considèrent la loi comme injuste).

Les menaces peuvent faire taire temporairement. Elles ne peuvent en revanche pas interdire à l'électeur de voter pour qui lui chante. Voilà la limite de l'exercice.

PS : J'ai déjà vu des gens m'affirmer que la loi française réprimait le racisme dès 1881. Ç'aurait été surprenant sous la IIIe République colonialiste, et où certains politiciens, dont Jules Ferry, expliquaient qu'il était du devoir des européens de civiliser les « races inférieures ».  Nulle mention de la lutte contre le racisme dans l'article 24 de cette loi en telle qu'en vigueur en 1956. Peut-être la source de cette confusion est-elle cet article de Wikipédia gravement erroné,  semble-t-il rédigé par des gens qui ne savent pas qu'en France on garde le titre d'une loi et son année de rédaction d'origine même si elle a été abondamment amendée (« l'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante » est un autre bon exemple).

Il est vrai que le militant préfère souvent ses idées et ses souhaits à la réalité du droit ; c'est ce qui arrive quand on se sent investi d'une mission.