Première surprise : la rubrique « qui sommes-nous » ne précise ni le type de la structure (s'agit-il d'une association, d'un groupement d'intérêt public, d'une entreprise, etc.), ni le nom de ses dirigeants ou d'éventuels responsables scientifiques. Elle évoque des « convictions », ce qui évoque non pas un organisme public ou à vocation scientifique, mais plutôt un organisme privé et militant. Ceci se confirme par la lecture des « objectifs » de l'organisme : un organisme public n'afficherait pas des objectifs politiques (changement des loi, application plus stricte des lois existantes..).

Cet organisme n'est par ailleurs mentionné nulle part au Journal officiel, ce qui laisse soupçonner que non seulement il est privé, mais ne jouit d'aucune reconnaissance officielle (comparer par exemple avec Drogues info service, groupement d'intérêt public).

Mais alors, pourquoi s'intituler « comité national », comme si l'on émanait d'organismes officiels ?

Et s'il s'agit d'une association privée, pourquoi ne pas fournir ses statuts et le nom de ses dirigeants ?

Lisons maintenant la foire aux questions du site. On y trouve notamment ces affirmations concernant la guérison des toxicomanes contre leur gré :

Un sevrage réel et total, sans médicament d'appoint, ne présente aucune difficulté médicale. Il doit être accompagné de chaleur humaine et de soutien psychologique. Le meilleur exemple est celui d'une mère kabyle de la banlieue parisienne. Son fils de 28 ans, initié au cannabis à 13 ans et à l'hérïne à 15 ans, avait été emprisonné à deux ou trois reprises pour braquage de pharmacie. Pour le sauver, elle a pris un jour deux billets d'avion pour sa Kabylie natale et y est restée un an avec lui, dans ses montagnes, loin de la drogue. De retour, guéri et heureux, son fils est aujourd'hui éducateur de rue pour éviter aux enfants de sa banlieue la galère qu'il a connue. Cette mère kabyle n'était ni médecin, ni psychologue, encore moins psychiatre. C'était une simple mère kabyle qui a joué avec bon sens son rôle de mère.

À la simple lecture de ce paragraphe, on sait que la structure qui le publie n'a aucune prétention scientifique, ou du moins ne devrait en avoir aucune.

En effet, son argumentaire repose sur une anecdote. Tout d'abord, celle-ci est proprement invérifiable : qui est cette femme ? Les choses se sont-elles réellement passées ainsi ? Nous n'en savons rien, et pour tout dire elle pourrait avoir été totalement inventée, ou du moins son affaire a-t-elle pu être grossièrement déformée.

Ensuite : en sciences expérimentales, on ne tire pas de conclusions tonitruantes à partir d'une anecdote. On fait des essais contrôlés avec un nombre suffisant de sujets (ici, des patients). Pourquoi ?

  1. Une anecdote peut porter sur un sujet exceptionnel et non représentatif, ou encore bénéficiant de caractéristiques spécifiques et non précisées. Imaginons que quelqu'un vous propose de monter à l'Alpe d'Huez à bicyclette en moins de 40 minutes en justifiant cette possibilité par le fait qu'un italien de 27 ans y était arrivé ; acceptez-vous le défi ?
  2. Une anecdote peut porter sur un cas expérimental où certaines mesures ont été faussées. La reproductibilité d'une expérience par des équipes indépendantes renforce la plausibilité du phénomène ; en revanche, un unique épisode doit nous inciter à la prudence.
  3. Lorsque l'on prétend s'appuyer sur des études scientifiques, on cite celles-ci précisément. Une étude scientifique est généralement publiée, soit comme rapport de recherche d'un institut ou laboratoire dûment identifié, soit dans une revue ou autre ouvrage publié après avis conforme d'un comité de lecture et d'experts internationaux, chaque article faisant l'objet de rapports circonstanciés critiquant ses points faibles. Dans tous les cas, les noms et fonctions des auteurs de l'étude sont précisés.

La pauvreté des argumentaires peut encore être illustré par l'argument « Comme l'aurait dit M. de la Palice: "Sans drogue, pas de drogués". ». En sciences, y compris en médecine, on peut certes plaisanter, mais en aucun cas une boutade ou un appel au « bon sens populaire » ne constitue un argument.

Chacun de ces signes (flou sur les statuts, nom laissant supposer un caractère officiel inexistant, anonymat des dirigeants, absence de références scientifiques, références anecdotiques, etc.) doit inciter à la méfiance.

Rappelons que n'importe qui peut créer une association censée lutter contre n'importe quoi (à de rares exceptions près, comme la prohibition de la promotion du racisme), l'intituler « centre », « Institut », « comité », ou autre titre lui donnant l'apparence de la respectabilité. De même, n'importe qui peut tirer des brochures, ouvrir un site Internet, etc. : la seule contrainte est financière !

Renseignons-donc nous plus avant. La page « presse » du CNID comporte des coupures de 1998, 2001, 2005, ou non datées. Nous apprenons enfin le nom du président de cet organisme, Léon Hovnanian... médecin, député sous la IVe République, né en 1920 et.. décédé en 2010. Nulle indication des dirigeants actuels.

Notons que la présence dans une association d'un médecin (surtout retraité), ou plus généralement d'un scientifique au sens large (chercheur, enseignant-chercheur, médecin, ingénieur, pharmacien...) ne garantit nullement que cette association présente un caractère scientifique. Un scientifique, comme tout citoyen, peut avoir des idées politiques, des convictions religieuses, et les exprimer.

Plus généralement, l'« information », d'une part, et le militantisme et la promotion de solutions à des problèmes sociaux complexes, d'autre part, font rarement bon ménage. On est alors naturellement enclin à publier les informations qui vont dans le sens de ce que l'on promeut, et à passer sur ce qui pourrait « troubler le message ». C'est humain.

(Mes lecteurs sujet qui me tient à cœur est la différenciation éthique entre les propos énoncés ex cathedra par un scientifique ou plus généralement un universitaire qui fait usage de ses titres, et les propos qu'il énonce à titre de simple opinion personnelle, sans pour autant exclure qu'il y ait une gradation entre les deux. J'estime qu'un scientifique qui parle en faisant usage de ses titres et du prestige des institutions auxquelles il appartient se doit à une certaine rigueur, une certaine réserve, une certaine prudence.)