Lu au courrier des lecteurs du Monde du 20 mai 2013, toujours sur cette thématique des scientifiques français qui publieraient en anglais parce qu'ils sont, somme toute, médiocres :

J’en ajouterai un autre : comment croire qu’en incitant nos enseignants à professer en anglais et à exposer leurs travaux dans une langue qui ne leur est pas maternelle, ces cours et ces travaux en deviendront meilleurs. Une langue en soi n’est rien mais elle est, et c’est là l’essentiel, le véhicule de l’intelligence, de la réussite et de la créativité du groupe de personnes qui la parle. Pourquoi, par exemple, utilise-t-on le français dans des milieux aussi différents que les mathématiques et l’escrime ? Parce que les français y excellent. Conclusion ? Que les français innovent et ce qu’ils auront trouvé, exposé en français, portera notre langue hors de nos frontières.

Signé Bernard Gross, Professeur retraité, Université H. Poincaré, Nancy.

Pour ma part, je doute franchement qu'il y ait beaucoup de gens qui lisent Einstein en allemand. Pour des domaines plus proche du mien, il me semble, par exemple, que la thèse d'Hermann Weyl sur les polyèdres convexes est principalement connue au travers de sa traduction en anglais par Fulkerson...

Notons que Bernard Gross était professeur de droit, c'est-à-dire d'une matière par essence plutôt nationale et francophone, le droit étant propre à chaque pays, les lois et jugements étant rédigés dans la langue officielle en utilisant des mots et concepts propres au pays. C'est donc un domaine quasiment hors de la concurrence étrangère (vous me direz, cela n'empêche pas des députés de faire des réflexions du même acabit, alors que leur mandat est également hors concurrence étrangère).

Il est de coutume, de nos jours, de fustiger le déclinisme. Il me semble qu'il n'y a pire déclinisme que celui consistant à expliquer que ses compatriotes (surtout ceux que l'on ne connaît pas suffisamment) sont des médiocres.