Une tribune récente suscite la polémique. En résumé, cette tribune soutient que les mots « sexe » et « race » recouvrent des concepts simples et visibles, définissables scientifiquement.

S'il s'agit de dire qu'il existe sur terre différents groupes ethniques, ou des différences génétiques liées aux origines familiales ou régionales, s'illustrant par exemple par la prévalence de certaines maladies dans certains groupes, il me semble qu'il s'agit d'une banalité pour quiconque se tient informé de l'actualité médicale (par exemple, les noirs américains ont une probabilité sensiblement supérieure aux blancs américains de développer un cancer de la prostate, même si l'on contrôle les facteurs comme la richesse et le mode de vie).

Cependant, l'usage même du mot « race » me pose un problème, en raison de sa définition traditionnelle, s'agissant des animaux. Les « races » d'animaux, comme les variétés végétales, résultent de l'action humaine qui, volontairement, a voulu obtenir telle ou telle caractéristique (même si certaines différences raciales découlent certainement de hasards ou du moins d'actions non pleinement volontaires).

De cela découlent :

  1. Les races ont des caractéristiques comportementales associées. Un chien « de berger » aura une plus grande probabilité qu'un chien de « défense » ou de chasse à savoir gérer un troupeau de brebis.
  2. L'homme se préoccupe de la pureté des races d'animaux, et de la possibilité de « pollution » par d'autres races (voire par des sans-race), d'où les stud-books et pedigrees. Cela se comprend bien : si on a pris la peine, au cours des générations, d'isoler une race ou une variété, on n'a pas forcément envie de la voir disparaître par mixité génétique.

Si l'on applique le concept de « race » aux humains, se posent naturellement les questions :

  1. Qui a distingué ces races et dans quel but ? Dieu ?
  2. Quelles sont les caractéristiques de chaque race ? S'agit-il de dire que « les noirs ont le sens du rythme » ?
  3. Faut-il préserver les races des mélanges ?

Il me semble donc que ce terme est très chargé, trop chargé, pour qu'on puisse l'utiliser facilement, même pour des sens bénins.

PS Un autre exemple, pour les informaticiens qui traîneraient ici. On trouve parfois dans les ouvrages de calculabilité ou de complexité l'affirmation qu'un « problème » n'est jamais qu'un « ensemble d'entiers naturels ». Du strict point de vue du raisonnement ensembliste formel utilisé dans la preuve, c'est le cas, de la même façon qu'une race « ça n'est jamais qu'un ensemble d'individus regroupés par une caractéristique génétique »... mais c'est plus subtil que cela :

  1. Le mot « problème » sous-entend que l'on va chercher à le « résoudre », ce qui dans un contexte informatique se fait algorithmiquement. De fait, un problème, c'est un ensemble d'entiers dont on s'intéresse aux algorithmes qui calculent sa fonction caractéristique.
  2. Lorsque l'on dit « le problème de savoir si un graphe est ou non 3-coloriable », on sous-entend que le codage des graphes dans les entiers naturels n'importe pas (de fait, tout codage « raisonnable » aboutit au même résultat de complexité), de la même façon que l'on peut construire le corps des réels de multiples façons.

Il me semble que là encore, le terme choisi décrit non seulement la réalité objective de l'objet décrit, mais encore les intentions du locuteur ou de la société par rapport à cet objet.