Lors du débat sur l'usage de l'anglais, certains ont rappelé que, malgré la prise du pouvoir de Rome sur la Grèce, la langue et la culture grecques ont perduré — l'argument étant que la France, dans le rôle du centre culturel qui a perdu de l'importance politique au profit d'une grande puissance militaire, les États-Unis, doit défendre sa langue.

Cet argument me semble révélateur d'une bien triste ambition pour la France.

À la fin de la République romaine, les élites romaines étaient effectivement empreintes de culture hellénique : on allait en Grèce se former, on invitait des philosophes grecs à la mode à parler à Rome, on parlait volontiers grec dans l'élite romaine du temps de Jules César. Il n'en reste pas moins que les décisions se prenaient à Rome, qui était le principal centre militaire et économique.

Transposons la situation à l'époque actuelle. Cela voudrait dire que l'ambition pour notre pays serait qu'une ultra-minorité d'intellectuels à la mode forment une partie de l'élite des pays qui comptent, aillent enseigner à l'étranger dans des universités d'élite pour apporter une sorte de « supplément d'âme », tandis que les décisions importantes pour la France seraient prises ailleurs.

Oh wait.