La polémique sur l'usage de l'anglais dans l'enseignement supérieur a suscité une multiplication d'arguments. Revenons sur celui que de nombreux enseignants du supérieur seraient incapables de faire cours en anglais, et qu'il serait donc prudent d'interdire, ou du moins de fortement encadrer (nationalement) les enseignements en anglais.

À ma connaissance les universités sont actuellement libres de faire assurer à peu près n'importe quel enseignement par à peu près n'importe qui justifie d'un certain niveau d'étude ; il n'y a aucune obligation d'être diplômé dans la matière qu'on enseigne. On peut fort bien, par exemple, décider de faire enseigner un cours d'informatique par un enseignant de mathématiques. Même à l'intérieur d'une discipline, on s'en remet au choix des universitaires pour savoir si ce sera M. Durand ou Mme Dupont qui enseignera tel cours. Or les enseignants ne sont pas interchangeables — un cours de bases de données en master, ce n'est pas la même chose qu'un cours de calculabilité, et celui qui sera compétent pour l'un ne le sera pas forcément pour l'autre, ou alors au prix d'une remise à niveau ! Pourtant, on fait confiance aux universités et aux écoles pour arriver, grosso modo, à confier les enseignements à des personnes raisonnablement compétentes.

Curieusement, quand il s'agit de savoir si tel ou tel enseignant est capable de faire cours en anglais, tous ces personnels deviendraient immédiatement incompétents. Tous nos vaillants scientifiques, qui donnent des séminaires en anglais quand ils vont à l'étranger, dans les colloques internationaux, seraient donc inaptes non seulement à faire de même devant des étudiants, mais encore à se rendre compte qu'ils en sont incapables.

Il y a là un mépris incroyable du personnel universitaire.