Une chose qui me désespère souvent avec les militants, c'est la facilité avec laquelle ils évacuent les objections à leurs propositions avec des « il n'y a qu'à », « il suffit de », « je ne vois pas le problème », « vous exagérez », alors qu'ils s'expriment sur des sujets dont ils ignorent tout, ou du moins qu'ils ne connaissent que superficiellement, souvent uniquement par la lecture de propos d'autres militants.

Lors des affaires DADVSI et HADOPI, je m'étais tenu très en retrait de ceux qui expliquaient doctement qu'artistes et auteurs devraient changer de modèle économique, certains allant jusqu'à dire qu'ils n'avaient qu'à redevenir « amateurs » et faire de la musique en complément d'un vrai métier. Il me semble que ce n'est pas à un chercheur en informatique sans expérience des contraintes des artistes de prétendre savoir comment ils devraient fonctionner. (De la même façon qu'un artiste ou un écrivain n'a pas de légitimité pour expliquer doctement qu'il n'y a qu'à mettre en place un filtrage d'Internet, car on le fait bien en Chine.)

Lorsque quelqu'un m'explique qu'il a des difficultés dans son métier, je lui fais a priori confiance pour savoir mieux que moi comment cela se passe. Par exemple, si mon interlocuteur me dit qu'il n'arrive pas à faire faire telle chose par une administration, je ne lui fais pas un cours pour lui expliquer qu'il n'y a en fait aucun problème (car ce qui importe n'est pas mon interprétation de la loi, mais celle des personnels auxquels il a affaire, qui peuvent très bien inventer des procédures non imposées par la loi). J'admets qu'il y a une grande diversité de situations, dont j'ignore la plus grande partie.

Je pars du principe que si j'ai une idée sur un sujet étudié par des gens recrutés à haut niveau, et que cette idée ne fait pas appel à des compétences spécialisées que j'aurais et qui seraient méconnues dans d'autres domaines, alors quelqu'un a dû déjà avoir eu cette idée, et qu'il est donc plausible qu'elle ait été étudiée et qu'il y ait des difficultés que je n'aurais pas examiné.

Bien entendu, chacun peut déraper et se laisser aller au yakafokon. Cela m'arrive ; mais il faut se rendre compte quand on abuse.

Le « yaka » est insultant. Il sous-entend que l'interlocuteur est trop stupide pour ne pas avoir vu la solution évidente qu'on lui propose.

Voir aussi cet article.