Je n'ai pas les ressources de faire une étude biographique détaillée de tous les dirigeants issus du RPR/UMP, aussi me contenterai-je des biographies Wikipédia des membres du gouvernement Fillon I (avec les réserves que l'on peut avoir sur cette source). Par ordre protocolaire, voici en résumé les études et les professions d'origine des ministres :

François Fillon : diplômé de droit public, assistant parlementaire.

Alain Juppé : énarque, haut-fonctionnaire (comme Jacques Chirac ou encore Dominique de Villepin)

Jean-Louis Borloo : avocat d'affaires, conseiller de grandes entreprises, enseignant d'analyse financière

Michèle Alliot-Marie : enseignante-chercheuse en droit, conseillère ministérielle

Bernard Kouchner : médecin ; profession exacte depuis les années 1980 peu claire

Brice Hortefeux : Sciences-Po, fonctionnaire territorial puis préfet

Rachida Dati : magistrate

Xavier Bertrand : droit public, assistant parlementaire, agent d'assurances

Xavier Darcos : inspecteur général de l'éducation nationale

Valérie Pécresse : HEC + ENA, enseignante en droit

Hervé Morin : fonctionnaire parlementaire

Roselyne Bachelot : pharmacienne de formation, visiteuse médicale

Christine Boutin : droit public, a travaillé dans la communication au CNRS puis au Crédit agricole

Christine Lagarde : droit, cabinets d'avocats d'affaire internationaux

Christine Albanel : professeure de français, puis cabinets politiques

Éric Woerth : Sciences-po, conseil aux entreprises et en optimisation fiscale dans des cabinets de consultants internationaux

Parmi ceux ayant travaillé dans le privé, on ne compte donc qu'une minorité :

  • Mme et MM. Borloo, Lagarde, Woerth : avocats d'affaires (comme d'ailleurs Nicolas Sarkozy) ou consultants pour des grandes entreprises.

  • Mmes et M. Bachelot, Bertrand et Boutin ont exercé des professions plus communes.

On notera que personne n'a eu de profession consistant à concevoir, fabriquer (ou faire fabriquer) des produits (pas d'ingénieur ou de dirigeant de PME industrielle, par exemple) ; les professions privées exercées portaient sur la communication et la vente, ou sur les relations entre (grandes) entreprises.

Autrement dit, sauf erreur de ma part, personne dans ce gouvernement n'avait d'expérience industrielle.

Allons plus loin. Un autre argument de l'UMP est que les dirigeants et les électeurs du Parti socialiste, étant des fonctionnaires, auraient tendance à désirer un état favorisant ceux-ci, donc hypertrophié ; appliquons donc le même raisonnement à ce gouvernement où l'on remarque un groupe d'avocats d'affaires et conseillers en finance.

L'avantage des consultants est-il d'établir la justice sociale, l'efficacité fiscale, la simplicité du droit et d'assurer la prospérité des PME ? Non. Un consultant vend une expertise spécialisée (et éventuellement un carnet d'adresses). Il n'a pas avantage à la clarté du droit : au contraire, il a avantage à ce que le droit fiscal soit suffisamment compliqué pour qu'à la fois l'impôt paraisse initialement élevé (et donc rende tentant le recours aux professionnels du domaine) et qu'il soit cependant possible d'échapper à celui-ci par des montages compliqués (que ces professionnels apporteront).

Enfin, je suis toujours surpris, en lisant ces biographies, du nombre de personnes qui, visiblement, voulaient entrer en politique dès leurs études (de droit ou de sciences politiques, bien entendu) et se sont faites présenter à des responsables politiques susceptibles de leur fournir un poste d'assistant. Moi, à 21 ans, je ne connaissais aucun politicien et aurai eu grand peine à faire de même... Même ceux qui ont une profession « de base » ne l'ont pas forcément exercée longtemps (est-ce que Jacques Chirac a beaucoup travaillé à la Cour des Comptes ?). On a donc affaire à de véritables professionnels de la politique !

Au final, j'ai le sentiment que les dirigeants UMP n'ont, pas plus que les socialistes, la notion de ce qu'est une entreprise (au sens commun : pas les cabinets de consultants internationaux) et comment elle fonctionne au quotidien.