Ce n'est pas la première fois que, suite à un scrutin solennel, on apprend que tel ou tel député avait appuyé sur le mauvais bouton et demandé à corriger son vote. Je n'ai hélas pas le temps d'aller rechercher dans les archives de presse les mentions de votes erronés et d'en faire une analyse statistique ; qui plus est, on peut soupçonner qu'il n'en est fait mention dans les médias que sur des textes particulièrement visibles et polémiques. Partons cependant sur l'hypothèse que, lors d'un vote solennel, de l'ordre d'un ou deux députés sur 577 se trompent de bouton. Cela fait de l'ordre de 0,3 % des votes qui sont, par erreur du votant, dans le mauvais sens.

Envisageons maintenant le cas des élections nationales, et plus particulièrement le second tour de l'élection présidentielle. On peut raisonnablement supposer que de l'ordre de 0,3 % au moins des électeurs se trompent également : le corps électoral comprend en plus grande proportion a priori que l'Assemblée nationale des catégories de population particulièrement à risque de commettre une erreur de bulletin : citoyens sous tutelle (c'est-à-dire jugés incapables de gérer leurs propres affaires), personnes âgées qui ne sont plus en pleine possession de leurs moyens (par exemple la vue), alcooliques, illettrés etc. Il est vrai que l'on a plus de temps dans l'isoloir que les quelques secondes disponibles pour le scrutin public ; admettons que cela compense.

Cela n'est pas a priori gênant pour le second tour de la présidentielle : le corps électoral, de 46 millions de personnes (avec une participation de l'ordre de 80 %) est suffisamment grand pour que, suivant le théorème central limite, et pour une élection à environ 50/50 %, l'erreur induite sur le pourcentage des votes est négligeable, à supposer qu'il n'y ait pas de biais important, c'est-à-dire que les électeurs de droite se trompent de bulletin avec la même proportion que les électeurs de gauche : les erreurs dans les deux sens se compensent et il est peu probable qu'elles induisent une déviation sensible.

Considérons en revanche le premier tour. Supposons que de l'ordre de 0,5 % des électeurs de chaque candidat se trompent et mettent le mauvais bulletin dans l'urne (par exemple, en rentrant dans l'isoloir avec au moins deux bulletins, celui de leur candidat et un autre pris au hasard, et en se trompant). Cela revient in fine à rajouter environ 0,05 % de voix à chacun des plus petits candidats (puisqu'il y a 10 candidats).

Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) ont fait respectivement 0,25 % et 0,56 % des voix. Il me paraît donc très plausible qu'une part non négligeable de ces votes en leur faveur sont juste des erreurs.

PS : Cette erreur-là était magnifique.