La première est la proposition, émanant de députés UMP, d'une commission d'enquête parlementaire sur l'introduction et la diffusion de la théorie du gender en France. On pourrait se demander en quoi il est du rôle des assemblées parlementaires de se pencher sur l'introduction d'une théorie, qu'elle soit philosophique ou scientifique, dans un pays où la liberté de conscience est garantie ; mais l'exposé des motifs de cette proposition nous éclaire. En résumé, les parlementaires s'inquiétaient notamment que, sous couvert de recherches scientifiques (financées par l'État), on introduisît de fait une idéologie prônant certains changements dans la société, et que l'on rendît obligatoire l'acquisition de cette idéologie dans l'enseignement, qu'il fût secondaire ou supérieur.

La seconde est l'opposition affichée par une partie de la communauté universitaire à la création d'une section de criminologie au Conseil national des universités (CNU), ce qui équivaut à la création d'une discipline universitaire (actuellement, l'étude de la criminalité est un thème transverse à plusieurs sections : droit, sociologie...). D'après ses critiques, la création de cette section relevait d'une démarche politique et non scientifique : il se serait agi d'imposer les vues d'un petit groupe autour d'Alain Bauer, professeur au CNAM, relevant d'une idéologie sécuritaire. Suite au changement de majorité, la création de cette section a été annulée.

Dans les deux cas, on affiche la la peur qu'une petite minorité politisée du monde universitaire n'instrumente les moyens de l'État et le prestige de l'Université et de la Recherche au profit d'une idéologie politique ; et, pire, qu'elle n'impose cette vision dans l'enseignement (modules obligatoires, examens où tel point de vue sera exigé, etc.).

Cette peur est-elle fondée ? Sur des matières d'une aussi grande délicatesse, il m'est difficile de juger. La tentation est sans doute grande pour le chercheur impliqué de passer du stade des constats sur la société, et de la théorisation de ceux-ci, à celui de la préconisation d'évolutions, ce qui, nécessairement, implique un jugement de valeur sur l'aspect bénéfique de celles-ci ; la tentation est sans doute également grande de sélectionner parmi les faits et leurs interprétations ceux qui vont dans le sens de l'idéologie prônée.

En tout état de cause, je trouve significative cette double polémique. Elle démontre comment est ancrée en France une conception de l'Université et de la Recherche — du moins en sciences humaines et sociales — comme agences de moyens et caisse de résonance pour des idéologues.