De l'intérêt des éditeurs de revues scientifiques
Par David Monniaux le jeudi, mars 14 2013, 11:44 - Recherche scientifique - Lien permanent
Un éditeur (au sens de publisher et non d'editor) m'envoie un courriel me demandant si je peux expertiser un article de journal. Je lis le résumé, c'est tout à fait dans mes cordes. Le nom des auteurs n'est pas précisé et j'ai des problèmes pour me connecter au site de l'éditeur (publisher), site par ailleurs très mal fait — il envoie les articles à expertiser sous forme d'un immonde collage PDF de pages d'en-tête, de texte et de figures pas toutes dans le même format papier, un délice pour l'imprimante. J'accepte l'expertise. Quand je peux enfin télécharger l'article, je m'aperçois que j'ai un double conflit d'intérêts (trop proche des deux auteurs). J'essaye de refuser l'expertise via le site, impossible car j'ai déjà accepté. Je dois donc contacter l'éditeur (editor) du numéro spécial pour m'excuser platement.
On me dit souvent que les éditeurs (publishers) fournissent un service important, qu'ils gèrent le processus d'expertise par les pairs (peer review). Mon expérience de ce grand éditeur est qu'il le gère mal : non seulement il automatise au maximum le processus (ce qui fait que ça ne doit pas lui coûter très cher) mais il impose de passer par un site mal fichu (incomparablement moins pratique qu'EasyChair, par exemple).
Encore une fois, une demande aux scientifiques hors informatique : concrètement, que font les éditeurs pour vous ? La mise en page ?
(Remarquons que l'anglais est plus précis, car il ne confond pas l'éditeur scientifique (editor), qui sélectionne les articles, et l'éditeur au sens commercial : secrétariat, relation avec les imprimeurs, vente aux bibliothèques.)
Commentaires
Simmel disait dans "la philosophie de l'argent" (avec ça vous pouvez retrouvez mon passage en prépa ^^)
que c'est la pauvreté du vocabulaire français qui fait la richesse de cette langue, avec notamment beaucoup de mots ayant plusieurs sens. Cela oblige à une certaine finesse d'interprétation (ou mène à une confusion uniquement liée au vocabulaire^^)
« Encore une fois, une demande aux scientifiques hors informatique : concrètement, que font les éditeurs pour vous ? La mise en page ? »
Oui, entre autres. Et la correction de l'anglais au sens large (de la grammaire à la typographie). Mais je crois que dans mon domaine on est assez privilégiés par rapport à d'autres. Les principaux journaux sont gratuits pour l'auteur, le processus est assez rapide (sauf quand le rapporteur met à chaque fois plus d'un mois, y compris quand le rapport fait 5 lignes pour signaler des choses mineures) et il y a une vraie valeur ajoutée.
@Med: Mais les rapporteurs ne sont ni employés par l'éditeur, ni rémunérés pas lui ! Je demandais le travail du publisher !
Pour moi les éditeurs commerciaux ne servent à rien d'utile. Des articles sur arXiv et un tampon "approuvé par telle revue virtuelle" suffiraient. Il reste à gérer le prix de la maintenance de serveurs tels qu'arXiv, mais c'est bien moins exhorbitant que beacoup de revues.
Il y a effectivement de la part des éditeurs commerciaux cet argument sur ce qu'ils apporteraient : une bonne mise en page, une bonne typographie (c'est certes agréable mais c'est un peu cher payé) ; un site permettant des références croisées etc. (mais google fait bien mieux) ; ...
Je parlais du travail du publisher, pas de celui du rapporteur. Je ne mentionnais ce dernier que pour signaler que les problèmes viennent presque exclusivement des rapporteurs, pas du publisher.
Editor est en fait le rédacteur en chef.
"(Et au passage, remarquons qu'encore une fois ... Mais non, on nous dit que le français, ...)"
Mouai bof, si on parle de ceux qui sélectionnent, on va plutôt parler de "comité de lecture". Le concept de "maison d'édition" englobe à la fois une sélection, un choix, puis une distribution. Donc, ce paragraphe me semble bien mesquin (et, au fond, inutile).
Je suis surpris également par ce (habituel) "on nous dit que..." procédé bien facile pour créer un problème là où il n'y en a pas vraiment. J'ai rarement entendu quelqu'un affirmer une telle chose aussi péremptoirement.
Enfin, pensons à la confusion citée ad nauseam induite par le mot free anglais signifiant à la fois libre et gratuit.
Dans les deux cas, un exemple ne fait pas une démonstration, n'est-ce pas ? :P
PS : par contre, on trouvera plus facilement unanimité sur l'affirmation que l'anglo-saxon est plus "bref". (et ça doit pouvoir se quantifier ça...)
@aucuneimportance: Je ne suis pas Google et n'ai pas les moyens d'enregistrer tout ce que je lis ou j'entend, ce qui fait que parfois je n'ai pas de sources précises auxquelles attribuer tel ou tel trait de pensée. Je vous rappelle qu'il s'agit ici d'un blog, où je publie des billets relevant en partie de l'humeur et dont la lecture est gratuite, et non d'un journal scientifique où l'on publie des faits étayés par des références bibliographiques et des démonstrations détaillées. C'est également une situation différente de celle de la presse qui se prétend de qualité et qui bénéficie de subventions.
Une maison d'éditions scientifiques telle qu'Elsevier ou Springer ne sélectionne pas les articles scientifiques qu'elle publie. Elle fait assurer cette sélection par des personnes qui ne sont pas ses employés et qu'elle ne rémunère pas. C'est donc fondamentalement différent de la situation d'un éditeur de romans, où des personnels de la maison lisent les manuscrits et suggèrent des modifications.
Cette confusion en français est parfois utilisée pour des affirmations douteuses, du type « mais comment, sans éditeur, assurer la qualité des publications ? ». Ce dont il y a besoin, c'est du board of editors (comité éditorial, comité de lecture...) et non de la maison d'édition.
J'ai lu / entendu plusieurs fois l'affirmation que le français est plus précis que l'anglais; on donne souvent comme exemple [de la résolution 242 de l'ONU|http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_242_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies|fr] où le texte français parle du retrait « des territoires occupés » (ce qui veut dire : de tous ces territoires) tandis que le texte anglais est plus ambigü avec « from occupied territories ». Je pense d'ailleurs que cet exemple est bien mal choisi, vu que l'anglais aurait pu être « from the occupied territories », qui aurait eu le même sens qu'en français. Je pense que le double sens du mot « free » est un bien meilleur exemple.
Sur la concision de l'anglais, j'ai en effet l'impression que presque systématiquement le texte anglais est plus court que le texte français. Ceci devrait pouvoir se mesurer en prenant des échantillons représentatifs de textes traduits de divers domaines, en comparant le texte français et le texte anglais (faire attention au fait qu'un texte traduit a peut être tendance à être plus long qu'un texte original, tout simplement parce que les tournures concises du texte original ne se traduisent pas forcément bien dans la langue de destination).
J'altère donc mon paragraphe qui, je l'avoue, était en partie en réaction à certaines réflexions sur l'usage de l'anglais comme langue véhiculaire dans les sciences.
Je n'ai pas beaucoup d'experience pour l'instant, mais en bio, l'editor decide si un papier sera reviewe (et attribue les reviewers), et les reviewers discutent du fond, avec correction des fautes de frappes et eventuellement de la syntaxe (si ca gene vraiment la comprehension d'une phrase) ; rien sur le style ou l'anglais.
Donc le publisher, a part la mise en page en effet... je ne vois pas.
@DM
À propos de la verbosité linguistique comparée. Je n'ai pas de sources. Mais il y a très longtemps, j'avais entendu parler d'une étude sur des corpus (dont j'ignore la taille et la méthdologie). De mémoire (à laquelle il faut attribuer la confiance idoine 15 ans après avoir lu ce résultat) le résultat disait que les textes anglais étaient environ 0.7 fois plus courts que les textes français. Et l'allemand était entre les deux.
Il faut tempérer ce résultat avec un autre truc que j'ai vu plus récemment mais que je ne saurais pas sourcer non plus : à l'oral (mode de transmission principal de langues jusqu'à peu), la densité d'information par seconde serait essentiellement similaire à travers les langues. Les langues avec beaucoup de syllabes (I'm looking at you, Spanish) se parleraient plus vite.
Re: verbosité linguistique comparée
J'avais entendu parler (je ne me rappelle absolument plus où, vivent les Sources) d'une expérience de Shanon pour mesurer la quantité d'information par lettre, en coupant arbitrairement une phrase et en mesurant la probabilité qu'elle soit correctement reconstituée par un humain.
Y aurait-il eu des expériences similaires dans plusieurs langues, pour arriver à un nombre pour les comparer ?
Il y avait un article sur le rythme d'informations des différentes langues dans Pour la Science en octobre dernier, et en verbal, en pratique, toutes les langues ont à peu près le même débit d'informations, la vitesse de parole contrebalançant la richesse syntaxique.
Après, je ne sais pas dans quelle mesure cela s'applique à l'écrit!
Sur la place prise par du texte selon les langues, pour avoir fait de l'édition "créative" au sens publishing d'un même doc dans plusieurs langues, c'est un fait l'anglais c'est presque 1/3 de moins en terme d'espace occupé. Du coup quand tu travailles sur une maquette un peu complexe qui sera déclinée dans plusieurs langues c'est un paramètre à prendre en compte. En effet quand on fait une création, le directeur artistique donne ensuite l'encombrement (le nombre de signes + ou - 20 %) des texte à l'équipe de rédacteurs. Donc la maquette doit accepter un changement de taille de texte sans perdre son harmonie. Et un bon directeur artistique connait ces rapports d'encombrement qui ont été établis par les graphistes de façon empirique.
Pour la densité des langues, je viens de trouver ceci,
http://www.academia.edu/2482563/Les...
Le papier de Shannon sur l'entropie de l'anglais
www.princeton.edu/~wbialek/rome/refs/shannon_51.pdf
en economie, on tape tout en latex.
D'ailleurs, si on veut, Elsevier fournit un package qui est sur CTAN, et Sringer fournit des .sty. à alller chercher o\ on veut.
A ce moment tout est parfaitement mis en page.
Ensuite, on perd une demie journée à négocier avec le site web de dépot des .tex des revues, qui ne sont pas fait avec comme idée qu'on va leur donner des fichier tex utilisant les styles fournits par les éditeurs.
ensuite une fois que les scientifiques ont accepté le boulot, l'on proofreadé et et tout et tout, si on a 3000€ on peut les filer aux éditeurs pour que notre article soit accessible en ligne.
malheureusement la plupart des grandes revues (sauf les tres grandes revues, genre AER) sont "publishées" par ces éditeurs.
heureusement les gens mettent souvent des pdfs sur le site web perso.