Il y a quelques années de cela, je fus entendu par le Forum des droits sur Internet au sujet des ordinateurs de vote. Mon intervention était centrée sur la norme technique que ces machines devaient respecter ; je m'étonnais notamment de voir si peu de choses sur la sécurité à assurer face aux malveillances, tandis qu'il y avait diverses précautions prises contre les panne (p.ex. en cas de chute de la machine).

J'exposai ensuite qu'en matière de sécurité informatique, il faut avoir un modèle de l'attaquant : bien évidemment, on ne protège pas un ordinateur de la même façon si l'intrus opère à distance (par exemple via un réseau sans fil) ou s'il peut ouvrir le boitier et intervenir dans la machine. Ceci amenait naturellement à poser la question de qui peut avoir intérêt à fausser les résultats ; je fis remarquer que ces machines sont sous la garde de collectivités locales dont les dirigeants ont intérêt à ce que tel résultat sorte plutôt qu'un autre. Comme on mettait en doute cette possibilité de fraude, je fis remarquer qu'à Paris, il y avait une célèbre affaire de faux électeurs, et que si l'on pouvait truquer les listes électorales, on pouvait être tenté de payer un technicien pour qu'il installât un autre logiciel dans la machine que celui prévu. Que n'avais-je pas dit !

On me fit sèchement remarquer qu'il n'y avait rien de prouvé, que je lisais trop le Canard Enchaîné, et que je devais m'en tenir à la pure technique. Sans doute mon interlocuteur était-il élu parisien de droite ? Rappelons qu'à l'époque, le fantasme journalistique, c'était le hacker qui pirate la machine depuis un local voisin... ce qui n'est pas, à mon avis, un procédé réaliste de fraude.

Jean et Xavière Tibéri viennent de voir confirmées en appel leur condamnation à la prison avec sursis pour l'affaire des faux électeurs.